La tradition est respectée. Comme après chaque finale de championnat de France, le staff arbitral a droit à sa petite coupe de champagne, le sourire aux lèvres et le devoir accompli. Ces finales sont une fête, une récompense et une consécration pour les officiels de matchs, sans lesquels rien ne serait possible.
Bérénice Loubet, 28 ans, est de ceux-là : « Tout s’est bien passé, nous glisse-t-elle, à même la pelouse, une fois le coup de sifflet final donné lors de ce Tyrosse-Marmande marquant la finale Espoirs Nationaux. Même si la pression d’une finale est toujours différente, le scénario de cette rencontre et le fait qu’on soit habitués avec mes confrères à arbitrer jusqu’en Nationale ou à l’international avec les féminines permettent de profiter de la fête avec les arbitres assistants et les référents fédéraux. »
Sur comme hors du terrain, Bérénice Loubet ne compte pas ses heures. Infirmière de profession, elle trouve le temps, en semaine ou lors de congés, d’analyser ses matchs passés, de préparer le suivant (les mardis ou mercredis), de parfaire sa condition physique (trois séances par semaine) et d’effectuer les kilomètres la séparant des rencontres qu’elle arbitre. « Je suis à temps plein et il me faut prendre des vacances pour le rugby, mais je parviens à faire des échanges de garde avec les collègues et mes supérieurs sont compréhensifs. »
Soumise à l’importance d’une vie dans son travail, elle connaît aussi la pression voire la tension subie par les hommes et femmes en noir : « Plus on avance en expérience, plus on est un peu plus indifférents. On s’en nourrit même parfois, de cette attente. » La supervision par ses pairs, les notions de classement ou de déclassement n’impactent que peu celle qui est considérée comme la n° 2 hexagonale de l’arbitrage féminin.
Joueuse dès ses 14 ans, puis gênée par une blessure à l’épaule juste avant la majorité, elle commence à arbitrer en UNSS puis à 20 ans avec la FFR. Une révélation. « Ce qui me plaît le plus, c’est le jeu au sol, la complexité d’analyse que cela demande, l’équilibre qui y est vraiment infime. Avec l’arbitrage, on réfléchit beaucoup et on est donc toujours en train d’essayer de faire mieux. J’aime bien avoir à m’améliorer, à trouver des astuces pour être meilleure. Après, j’aime partager avec les joueurs, les coachs. Nous, arbitres, sommes là pour essayer de faire en sorte que la rencontre se passe bien, sans polluer le jeu. On a une place privilégiée, notamment par rapport à d’autres sports où l’on est respectés dans notre fonction. C’est plaisant de faire partie du jeu. »
Athlète de haut niveau, Bérénice Loubet jouit d’un fort sentiment compétitif : « J’essaie toujours d’aller plus loin, d’être meilleure et d’essayer d’arbitrer au plus haut niveau possible en termes de divisions. Mais ce n’est pas une obsession. » De même, la cause pour la reconnaissance féminine dans le sport n’est pas le sien. « Je ne suis pas dans ce combat extrême de représenter les femmes ou les filles à travers l’arbitrage. Fille ou garçon, le plus important est de mériter d’atteindre tel ou tel niveau. »
Arbitre professionnelle et agricultrice, Aurélie Groizeleau est aussi en charge du développement de l’arbitrage féminin à la FFR. Elle a vu Bérénice prendre son envol : « C’est une vraie Tarnaise, avec un franc-parler et un bon caractère, sourit-elle. Dès ses premières sélections en tant qu’arbitre, on a de suite vu qu’il y avait un certain potentiel. Elle a très rapidement fait partie des profils qu’on a suivis avec attention. »
Lors du dernier 6 Nations féminin, Aurélie Groizeleau a eu la chance de voir Bérénice l’accompagner à la touche pour sa première expérience internationale de ce niveau. « Le match s’est très bien passé. On a surtout beaucoup ri de la difficulté des anglophones à prononcer son prénom et notamment le r, comme cela avait été le cas avec le mien quelques années plus tôt. » En revanche, Bérénice est plutôt à l’aise pour maîtriser la langue anglaise, sa maman ayant été prof de français et d’anglais.
En ce jour de fête des mères, Fabienne, la mère de Bérénice, et son époux ont préféré se mettre à l’opposé de la grande tribune. Le scénario du match, les décisions de Bérénice et son attitude, ferme et à l’écoute, font rendre la femme en vert transparente, au profit des joueurs ; la situation rêvée de tout arbitre. « On est présents à tous ses matchs importants et c’est une fierté de la voir évoluer, ajoute la mère de Bérénice, accompagnée de Faustine et Garance, les sœurs de l’arbitre. On ne stresse pas car les arbitres sont bien respectés par les joueurs. C’est très bien que le rugby donne de plus en plus de place aux femmes. »
Le papa, David, a lancé la jeune Bérénice dans le monde d’Ovalie, au fief familial de Montredon-Labessonié puis en tant que n° 9 à Castres. Technicien en chef de l’équipe première du club du village familial, il porte sur le jeu ou les décisions de sa fille un œil est peu plus aiguisé. « Son parcours est linéaire, même si je ne pensais jamais qu’elle atteindrait un tel niveau d’arbitrage. Elle fait avant tout cela pour le plaisir, même si son investissement est important par rapport à son métier, ses congés ou le temps et les frais engagés. »
Tout juste champion de France, le coach de Tyrosse Alexis Nolibois apprécie que « le rugby ne cesse de démontrer qu’il sort de l’entre-soi et ne fait aucun débat sur le genre de la personne au sifflet ». Selon lui, « l’arbitre a été de très bonne qualité et cela véhicule de superbes valeurs ». En tribunes puis sur le pré, le vice-président de la FFR en charge du territoire et de la filière jeune, Jordan Roux, a d’abord remis les médailles aux officiels de matchs.
L’élu souligne : « Bérénice réalise une saison extraordinaire, souligne-t-il. Avec cette finale qu’elle arbitre ou ses succès, on peut aussi avoir une pensée pour toutes ses consœurs officielles de matchs, les bénévoles ou les élues qui officient durant toute la saison. Ces femmes de l’ombre valorisent l’action et la place des femmes dans le rugby. » Et Bérénice Loubet en est l’une des dignes représentantes.