Derrière chaque territoire se cachent aussi des femmes et des hommes que l’on ne voit presque jamais. Chauffeurs, soigneurs, dirigeants ou logisticiens, ils donnent vie aux finales bien avant le coup d’envoi et bien après le coup de sifflet final. Dans le rugby amateur, leur engagement est le ciment des clubs. Trouver un bus, financer un déplacement ou organiser un week-end entier relève souvent de l’exploit. Pourtant, lorsqu’une finale se présente, plus rien ne semble impossible.
À Saint-Jean-d’Angély, où se dispute la finale Gaudermen, Hamid Elayadi fait partie de ces indispensables. Chauffeur des jeunes du Racing, il a quitté Le Plessis-Robinson la veille à midi pour conduire l’équipe jusqu’en Charente-Maritime. « Ils ont dormi à l’hôtel comme des pros. Aujourd’hui, c’est leur grand jour », sourit-il après avoir garé son car au plus près du stade. Quelques mètres plus loin, l’ostéopathe Florian Hirigoyen s’affaire une dernière fois avant le coup d’envoi. « On partage une relation presque familiale avec ces jeunes. Les accompagner jusqu’à un bouclier, c’est une immense récompense. »
Si accompagner une équipe jusqu’en finale demande une organisation de tous les instants, accueillir l’événement représente un défi tout aussi considérable. À L’Isle-Jourdain, la canicule a contraint les organisateurs à modifier à deux reprises l’horaire du coup d’envoi. Une contrainte supplémentaire que les bénévoles ont absorbée sans jamais perdre le sourire. « Recevoir une finale est une immense fierté, confie le président Thierry Charlas. Malgré ces changements de dernière minute, nous avons su nous adapter grâce à l’investissement exceptionnel de toute notre équipe de bénévoles. »
Autre lieu, autre visage du bénévolat. Renée Bolubiec vit au quotidien pour son club de Lourdes. Elle fait partie de ces nombreuses bénévoles mobilisées pour accueillir près de 3 000 supporters lors de cette finale de Fédérale 1. « Regardez tout ce monde, confie-t-elle avec enthousiasme. C’est une vraie fierté d’accueillir un événement de cette ampleur chez nous. C’est la fête pour le club et pour la ville, et cela représente aussi un petit apport financier non négligeable. Mais surtout, j’ai hâte de voir les bandas de Peyrehorade mettre l’ambiance. »
Anne Passullo, soigneuse et kinésithérapeute bénévole de l’US Saint-Sulpice, a quant à elle été la première à intervenir auprès du joueur blessé dans les derniers instants du match, avant de quitter le club après plusieurs années d’engagement au plus près du terrain : « Les dirigeants et les entraîneurs valorisent toujours notre travail de l’ombre. On peut être fiers de ce club où chaque contribution, même invisible, a son importance. »
Leur mission ne s’arrête pas au week-end des finales. Si les bénévoles rendent ces grands rendez-vous possibles, ils assurent surtout la vie des clubs tout au long de l’année. À Vienne, finaliste de Nationale 2, le président Yan Arnaud mesure l’ampleur de cet engagement. « Nous comptons 120 bénévoles, répartis entre les missions administratives et sportives. Plus de la moitié ont fait le déplacement à Bellerive-sur-Allier pour soutenir l’équipe. » Les autres sont restés au club, où ils poursuivent le même travail de l’ombre, indispensable au fonctionnement quotidien.
À Orléans, champion de Nationale 2, cette fidélité prend le visage de Titi. Retraité et figure incontournable du RCO, il accompagne régulièrement l’équipe en déplacement. Caméra à la main, il filme les rencontres afin d’alimenter le travail des analystes vidéo. Une mission discrète, loin des projecteurs, mais devenue essentielle dans l’organisation du club. À sa manière, il participe lui aussi aux victoires du RCO.
Un saut à La Roche-sur-Yon, où les finales féminines réunissent d’autres passionnés. Parmi eux, Serxhio Prelashi, dit Sergio. Chef sommelier de profession, il est aussi engagé auprès de la fédération albanaise de rugby, dont les liens avec Bron et les Puncheuses se sont renforcés ces dernières années. Entre deux encouragements le long de la main courante, il résume ce qui le fait revenir : « Je suis très attaché à cette équipe, qui véhicule de belles valeurs humaines. En Albanie, nous n’avons que six clubs, mais la même passion. Cette coopération est pleine de promesses. » Derrière chaque finale, ces bénévoles rappellent que le rugby se construit d’abord grâce à celles et ceux qui ne demandent jamais à être mis en lumière.