Les tribunes se remplissent, les hymnes résonnent et les finales peuvent commencer. Pourtant, ces quatre-vingts minutes décisives ne naissent pas le jour J. Elles sont l’aboutissement d’une saison entière, parfois même de plusieurs années de travail. Bien avant les grands rendez-vous de juin, il y a eu les entraînements dans le froid, les longs déplacements, les victoires arrachées, les défaites qui font douter et ces instants où un groupe choisit de ne pas renoncer. C’est là que se construit une finale.
À L’Isle-Jourdain, les acteurs de la finale de Fédérale B racontent ce chemin parfois chaotique. « Je retiens surtout une superbe aventure. Un groupe de potes s’est formé et nous a portés jusqu’ici », résume l’arrière de Mouguerre. En face, le capitaine de Thuir, Christian Casas, sourit : « On ne sait pas trop comment on en est arrivés là. » Son entraîneur, Jean-Baptiste Domenech, se souvient d’une saison « sur la corde raide », où chaque week-end pouvait tout remettre en cause. C’est aussi cela, une finale : quatre-vingts minutes qui donnent un sens à des mois de doutes, d’efforts et de persévérance.
Derrière chaque finaliste se cache pourtant une trajectoire singulière. À Bellerive-sur-Allier, les chemins du SC Vienne et du RC Orléans illustrent deux façons d’arriver jusqu’au dernier rendez-vous. Pour le RC Orléans, la montée était l’objectif affiché dès le mois d’août. « Une fois qu’elle a été acquise, on s’est dit qu’on pouvait aller au bout », raconte son entraîneur Romain Cabannes. Encore a-t-il fallu surmonter un hiver délicat, entre un match reporté par la neige et deux défaites qui ont obligé le groupe à se remettre en question. La réponse sera éclatante : six victoires consécutives pour s’offrir une place en finale. À l’inverse, Vienne a longtemps avancé en courant après le temps. Quatre revers lors des six premières journées, puis une spectaculaire remontée. « On a vécu des moments difficiles, mais on n’a jamais cessé d’y croire », résume Lionel Grand.
À plusieurs centaines de kilomètres de là, à La Roche-sur-Yon, l’histoire de Nancy-Seichamps s’écrit sur un temps beaucoup plus long. Depuis quatre saisons, les joueuses dominent leur championnat sans parvenir à franchir le dernier obstacle. Cette fois, le déclic est venu d’un collectif plus mature. La finale récompense ce travail de fond, mais le regard est déjà tourné vers l’avenir. « On est fiers de notre structuration. Maintenant, il va falloir continuer à grandir pour exister en deuxième division », confient les dirigeants. Car une finale ne clôt jamais vraiment une saison : elle ouvre déjà la suivante.
En face, le parcours des Puncheuses, (entente Bron-REEL XV), s’est construit autrement. Les ambitions ont grandi au fil des mois, au rythme des victoires, jusqu’à transformer une saison prometteuse en aventure inattendue. Dans les couloirs du stade, des affiches à l’effigie de chaque joueuse, accompagnées d’un mot du vice-président Philippe Kubunski, rappellent le chemin parcouru. « C’est une immense fierté de voir la région lyonnaise représentée à ce niveau. Une quarantaine de proches ont fait le déplacement, en train, en voiture ou en car. Quelle que soit l’issue, on célébrera leur formidable parcours. Aujourd’hui, le rugby féminin a toute sa place, et ces joueuses en sont les plus belles ambassadrices. »
À Lourdes, une même conviction revient dans toutes les conversations : aucune finale ne s’atteint sans avoir traversé des tempêtes et des bourrasques. Derrière la réussite de Saint-Sulpice-sur-Lèze, Stéphane Simon, conseiller technique du club, voit l’aboutissement d’un projet mené depuis plusieurs saisons. « C’est le travail de tout un club qui est récompensé. Et il y avait aussi une étoile au-dessus de nous depuis la disparition de Franck Ayela, en novembre dernier. » Sur le terrain, l’ancien professionnel Kevin Tougne se souvient d’un hiver plus compliqué, marqué par une défaite à domicile avant Noël. « On a douté, mais cette envie de vivre les phases finales nous a transcendés. »
Quelques centaines de kilomètres plus au nord-ouest, à Saint-Jean-d’Angély, le Racing et le RAS Pau, finalistes Gaudermen, racontent la même histoire avec d’autres mots. Celle d’une saison où rien n’a été simple. « On a perdu notre dernier match de phase régulière. Il a fallu se remettre la tête à l’endroit », confie l’ouvreur du Racing, Théo Bedel. Son entraîneur, Fabrice Dicka, préfère retenir les déclics : une victoire fondatrice à Grenoble malgré une préparation écourtée, mais aussi l’engagement discret des dirigeants, des bénévoles et des parents. « Ils ne sont pas forcément les plus nombreux, mais ils sont toujours là. »
Autour de la pelouse, Magic in the Air s’échappe des enceintes des supporters franciliens. En face, les Béarnais du RAS Pau savent, eux aussi, ce que signifie survivre. Qualifiés en huitièmes au nombre d’essais, puis en quarts grâce à un scénario fou de dernière minute, ils avancent avec la certitude que les grandes épopées tiennent souvent à quelques détails. C’est sans doute ce qui rapproche tous ces finalistes : ils n’ont pas suivi une route parfaite, mais ils ont toujours trouvé une raison de continuer à y croire.
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