Une finale ne débute jamais au coup d’envoi. Elle naît bien plus tôt, dans cette transhumance de supporters qui convergent de toute une région vers un même stade. Ce sont eux les premiers marqueurs d’un jour de finale. Dès les premières heures, les routes se parent des couleurs des clubs, les autocars se succèdent et les parkings se remplissent de maillots, d’écharpes et de drapeaux. En ce dimanche 31 mai, Vienne et Orléans prennent la direction du stade Louis-Darragon de Bellerive-sur-Allier. Pour y accéder, il faut emprunter la rue Gaillard. Au loin résonnent déjà les klaxons et les trompettes. À chaque pas, les chants des supporters couvrent un peu plus le bruit de la ville. Les joueurs ne sont pas encore sur le terrain, mais l’atmosphère d’une finale est déjà bien installée.
Près d’un millier de supporters ont effectué le déplacement. Parmi eux, Yoann, chauffeur de l’un des trois bus viennois et fidèle du CS Vienne, se distingue avec sa perruque bleu ciel et blanc. « J’étais déjà là pour la finale contre Périgueux », sourit-il, en référence à la finale de Nationale 2 disputée en 2023. Dans les tribunes, chaque camp prend possession de son virage : le bleu et blanc viennois d’un côté, le rouge et noir orléanais de l’autre. Les Viennois déploient un immense tifo aux couleurs du club, tandis que les « Chiens d’Orléans » accrochent leur banderole emblématique. Clairons, fumigènes et chants donnent déjà à l’enceinte des airs de grand rendez-vous.
Des bords de l’Allier aux contreforts des Pyrénées, la route des finales nous mène près de 600 kilomètres plus au sud, à Lourdes. C’est là que l’US Saint-Sulpice-sur-Lèze et Peyrehorade SR se retrouvent pour la finale de Fédérale 1, autour d’un autre lieu de culte du rugby français : le stade Antoine-Béguère. Malgré une chaleur déjà écrasante, quelques névés subsistent encore sur certains sommets pyrénéens qui dominent l’enceinte. Plus encore que le décor, c’est l’âme du mythique club lourdais et de ses huit titres de champion qui habite les lieux.
À peine descendus des huit bus venus des Landes, les supporters de Peyrehorade recréent un morceau de leur village sur le parking du stade. Les tambours sortent des soutes, les tables se déplient, les glacières s’ouvrent et les premiers verres se partagent. Ici, on ne parle pas encore de tactique ni de score. On profite simplement du plaisir d’être ensemble avant que les émotions ne prennent le dessus. Jean-Baptiste Labache, joueur des M16 Nationaux, a laissé les crampons de côté pour rejoindre la Green Army, coiffé de son casque vert inspiré des supporters du Munster. « On aime ce club depuis tout petits, alors c’est normal de les suivre. L’avant-match, c’est le meilleur moment : c’est celui des retrouvailles. Allez les Verts ! »
Pour Saint-Sulpice-sur-Lèze, l’arrivée au stade se fait dans un concert de tracteurs colorés et bruyants qui escortent les joueurs jusqu’à l’enceinte. Supporter, Sébastien Tailhan, lui, a déjà allumé son traditionnel cigare. Une façon d’évacuer la tension ou simplement de savourer l’instant, comme le souligne son épouse Virginie : « On est au cœur des Pyrénées, dans un lieu mythique. C’est une finale de rugby de clocher entre deux clubs qui partagent les mêmes valeurs. » À quelques mètres de là, Jeannot Brouquières savoure lui aussi l’instant. Il a amené son petit-fils Lucas assister à sa première finale. « C’est émouvant, surtout quand les joueurs arrivent. Lucas est impressionné. Cette finale vient couronner une saison magnifique pour le club. »
La route des finales se poursuit. Des contreforts des Pyrénées aux plaines gersoises, le décor change une nouvelle fois. À L’Isle-Jourdain, où l’US Mouguerre et l’US Thuir disputent la finale de Fédérale B, c’est un autre adversaire qui s’invite : la chaleur. Alors qu’une grande partie de la France est placée en alerte canicule, le coup d’envoi a exceptionnellement été avancé à 10 heures pour tenter d’échapper aux plus fortes chaleurs. Sur la route du stade Fernand-Lapalu, les vaches cherchent l’ombre, les ballots de paille ponctuent les champs et une brocante dominicale anime le vélodrome voisin. Malgré cette adaptation, le mercure dépasse déjà les 40 °C ressentis lorsque les deux équipes pénètrent sur la pelouse, dans un vacarme assourdissant.
Cap sur la Vendée. À La Roche-sur-Yon, le stade Henri-Desgrange accueille la traditionnelle journée des finales féminines, dont celle de Fédérale 1 entre Nancy-Seichamps et les Puncheuses (entente Bron-REEL XV). En coulisses, 105 bénévoles du FC Yon orchestrent l’événement. « C’est une fierté d’accueillir autant de finales. J’espère que cela donnera envie de découvrir notre ville et la Vendée », confie Angélique, entre deux services à la buvette. Pour elle, cette mobilisation n’a rien d’exceptionnel : « Ici, le bénévolat fait partie de notre culture. »
À une heure et demie de route, en Charente-Maritime, Saint-Jean-d’Angély prend le relais avec la finale Gaudermen entre le RAS Pau et le Racing CF. « La formation est au cœur de notre projet, c’est un honneur d’accueillir cette génération », souligne le président Luc Marin, qui a convié toute l’école de rugby. Au bord de la touche, un jeune ramasseur de balles tend un ballon à un talonneur. Dans son regard se lit déjà ce que les finales transmettent de plus précieux : l’envie d’être, un jour, à la place de ceux qu’il admire aujourd’hui.