Il est 14 heures en ce mercredi d’avril baigné de soleil. Aux portes de Tours, le club de Saint-Pierre-des-Corps s’inscrit dans une histoire déjà bien ancrée depuis le début des années 1970, et continue, saison après saison, de faire vivre la passion du rugby sur ce territoire. En cette période de vacances scolaires, l’ambiance est à la fois détendue et animée au point de rendez-vous fixé sur le parking du centre commercial des Atlantes, qui devient, le temps de quelques heures, le point de départ d’une nouvelle séquence de vie du club.
C’est justement dans ce cadre que s’inscrit une nouvelle opération « Rugby Cité ». Organisée deux à trois fois par an dans différents quartiers, elle vise à rendre le rugby accessible au plus grand nombre. L’objectif est clair : aller à la rencontre des jeunes, notamment issus des quartiers populaires, pour leur permettre de découvrir et de s’approprier la pratique du ballon ovale dans un cadre simple et ouvert.
Sur place, l’organisation est déjà parfaitement en place et tout l’organigramme du club est mobilisé pour l’occasion. Les deux co-présidents de l’US Saint-Pierre-des-Corps, Jean-Pierre Chipot et Sébastien Jerez, supervisent l’ensemble de l’initiative. À leurs côtés, plusieurs membres du club assurent le bon déroulement de l’événement : Roland Blanchon sur la partie événementielle, Nicolas Guibert en tant que salarié du club, ainsi que Thomas Rohaut, responsable de l’école de rugby, et Gaël Frison, éducateur investi auprès des catégories jeunes, notamment les M8 et les M16.
Autour de ce noyau, une équipe de bénévoles et de jeunes licenciés vient renforcer le dispositif. Les encadrants accompagnent les enfants venus découvrir le rugby le temps d’un après-midi, dans un cadre à la fois ludique et sécurisé. Pour Gaël Frison, cette action s’inscrit dans un travail de fond, mené tout au long de l’année dans les écoles et les quartiers.
Chargé du développement du rugby en milieu urbain, il détaille le fonctionnement de ces opérations : « Ici, on installe d’abord un stand avec des tonnelles pour accueillir les participants. On relève les prénoms afin de comptabiliser la fréquentation et de savoir comment ils nous ont connus. On met aussi en place une structure gonflable, le “plaque et marque”, où les enfants peuvent sauter, plaquer et aplatir en toute sécurité. » En complément, un terrain éphémère est tracé sur le bitume avec des zones d’en-but, des touches matérialisées et des poteaux, permettant une pratique simplifiée mais fidèle à l’esprit du rugby, directement au cœur de la ville.
À cela s’ajoute une « remorque pédagogique », spécialement conçue pour travailler les fondamentaux comme la passe et le drop, ainsi que plusieurs ateliers de motricité. L’ensemble compose un espace ludique et complet, capable de s’adapter à tous les âges et à tous les niveaux. « Il y a beaucoup d’activités proposées, et ça leur permet de quitter un peu les écrans pendant les vacances », confie Paul, un père venu accompagner ses deux jeunes garçons.
Car ici, tout est pensé pour une initiation progressive et adaptée. « Sur les matchs, c’est plus compliqué pour les enfants de moins de 6 ans, notamment à cause de la règle de la passe en arrière, précise Gaël Frison. On les oriente donc plutôt vers des ateliers comme le passe-drop, la motricité ou la structure gonflable. Pour les exercices collectifs, on veille à séparer les groupes d’âge pour garantir la sécurité de tous. »
Un chiffre résume à lui seul l’importance de l’initiative « Rugby Cité » à Saint-Pierre-des-Corps : 46 %. Selon la commission d’État chargée de la loi Solidarité et Renouvellement Urbain (SRU), près d’un logement sur deux dans cette commune d’Indre-et-Loire est un logement social. À l’échelle du département, 18 communes sont concernées par cette loi, et dix d’entre elles n’atteignaient pas leurs objectifs en 2022.
À titre de comparaison, la commune voisine de Saint-Avertin présente un taux bien plus faible, autour de 16 %, pour une population pourtant similaire, proche de 15 000 habitants. Ce contraste souligne la pertinence des actions menées depuis près de dix ans par l’USSP dans les quartiers populaires. Le club intervient régulièrement au plus près des habitants, notamment à La Rabaterie et ses dix tours, mais aussi dans d’autres secteurs comme La Galboisière, Raspail, Bouzignac ou Beaujardin.
Dans cette continuité, les dirigeants du club ont répondu il y a trois ans à un appel à projets national porté par la FFR et TotalEnergies, à travers le Tournoi national des Quartiers et Campagnes, une initiative qui vise à faire découvrir le rugby et ses valeurs citoyennes à des jeunes filles et garçons âgés de 8 à 12 ans, issus des quartiers prioritaires de la ville (QPV) et des zones de revitalisation rurale (ZRR). « Cet appel à projets correspondait parfaitement à ce que nous faisions déjà avec Rugby Cité », explique Roland Blanchon, en charge de l’événementiel au club.
L’an dernier, le club a été sélectionné et a même organisé les finales régionales ici, à Saint-Pierre-des-Corps. Pour mobiliser les jeunes participants, le club s’appuie sur un réseau de centres de loisirs locaux, eux-mêmes en lien avec des écoles primaires où intervient régulièrement Gaël Frison. Cette articulation entre actions scolaires, centres de loisirs et opérations de terrain permet de créer une continuité éducative cohérente.
Comme le souligne Gaël Frison, la réussite de ces opérations repose sur une véritable chaîne de solidarité entre institutions sportives, collectivités et partenaires privés : « La plupart des structures présentes sont mises à disposition ou prêtées. Le département d’Indre-et-Loire fournit notamment la structure gonflable, tandis que le Comité départemental de rugby équipe le terrain. La Ligue Centre-Val de Loire est aussi engagée, tout comme la mairie de Saint-Pierre-des-Corps, qui apporte le matériel logistique, comme les tonnelles et les tables. »À ces contributions publiques s’ajoute l’implication de partenaires privés, visibles notamment sur les maillots portés par les éducateurs et les jeunes du club venus renforcer l’encadrement.
Le centre commercial accueillant l’événement du jour figure parmi les soutiens les plus constants du club depuis plusieurs années, en mettant régulièrement à disposition ses espaces. Il permet au club de déployer ses projets dans de bonnes conditions, tout en renforçant son ancrage dans le tissu urbain et social. Une dynamique collective dont le club mesure pleinement la valeur.
Jean-Pierre Chipot, co-président de l’USSP, souligne : « Tout le monde a à cœur de faire rayonner la ville et nous ressentons au quotidien l’importance de l’engagement de chacun de ces acteurs. Sans eux, le club ne pourrait tout simplement pas fonctionner. » Une reconnaissance qui traduit l’esprit de coopération à l’œuvre, où chaque partenaire contribue, à sa manière, à faire vivre et grandir le projet sportif et social du club.
Mobiliser le potentiel des quartiers populaires est devenu un levier essentiel pour le club, avec un objectif clair : relancer et consolider une école de rugby fragilisée ces dernières saisons, aujourd’hui forte d’une soixantaine de licenciés. Un défi d’autant plus exigeant que l’USSP évolue dans un environnement concurrentiel, à proximité immédiate de l’US Tours Rugby.
Dans ce contexte, le coprésident Sébastien Jerez dresse un constat lucide : « Le principal déficit concerne aujourd’hui les catégories M8 et M10, avec un risque de répercussion sur les M12, M14, puis à terme sur les séniors. Mais on parvient à reconstruire une base intéressante sur le baby rugby et les M6, notamment grâce à ces journées de découverte. » Une dynamique qui s’appuie notamment sur le recrutement de Gaël Frison, pleinement intégré à une stratégie de développement de terrain assumée par le club.
Cette volonté se traduit concrètement par une démarche proactive : aller chercher les pratiquants là où ils se trouvent, en particulier dans les communes voisines dépourvues d’offre structurée. L’objectif est aussi de renforcer la présence du club dans les établissements scolaires. « Nous avons encore une présence limitée dans les collèges, souligne Jean-Pierre Chipot, et encore moins dans certains lycées. Or, il est essentiel de recréer un lien entre la fin de l’école de rugby et les catégories jeunes supérieures. »
Dans cette continuité, le club identifie également un potentiel encore sous-exploité sur son territoire. L’initiative « Rugby Cité » s’inscrit ainsi comme un dispositif structurant, à la fois stratégique et équilibré, répondant à un double objectif : consolider la filière jeunes du club tout en offrant aux quartiers populaires de véritables espaces de pratique. Une approche gagnant-gagnant, qui dépasse le cadre sportif pour s’inscrire dans une démarche globale de développement local et d’inclusion par le rugby.