Dans le rugby amateur, une finale ne se résume jamais à un match. Elle met en scène deux équipes, mais aussi deux histoires, deux cultures et parfois deux territoires aux réalités très différentes. Derrière chaque maillot se cachent un village, une ville, des bénévoles, des éducateurs et des centaines de supporters. Le temps d’un week-end, les joueurs deviennent les ambassadeurs de celles et ceux qui les ont portés jusque-là.
À Bellerive-sur-Allier, où se dispute la finale de Nationale 2, le RC Orléans et le CS Vienne revendiquent chacun une identité bien marquée. Président du club orléanais, Didier Bouriez voit dans son équipe le reflet du territoire ligérien : « Les Orléanais sont des gens résilients. Il faut savoir gagner et célébrer, mais toujours avec modestie. » À ses côtés, Didier Cabannes, père de l’entraîneur Romain, établit un parallèle entre le jeu pratiqué et l’évolution du club : « Ici, on s’identifie à un rugby de mouvement. On est dans la conquête comme dans la reconquête. » En face, le CS Vienne cultive un autre héritage. Pour son entraîneur Lionel Grand, la priorité est avant tout humaine : « Lorsqu’on recrute, on regarde d’abord la personne avant le joueur. Malgré les périodes difficiles, les gens ont toujours fait preuve de patience et de bienveillance. C’est la force de notre club. »
En descendant vers les Pyrénées, les paysages changent, mais les valeurs demeurent. À Lourdes, théâtre de la finale de Fédérale 1, Hugues Miorin, ancien international français devenu entraîneur de Saint-Sulpice-sur-Lèze, rappelle d’où vient son équipe : « Notre village compte seulement 2 200 habitants et nous n’avons jamais eu de gros moyens. J’ai demandé aux joueurs d’oublier la pression et de jouer leur rugby. » L’ancien deuxième ligne insiste aussi sur le respect qu’il porte à Peyrehorade : « Ce sont deux clubs qui vivent avec peu de moyens mais énormément de mérite. »
Quelques instants plus tard, le rugby laisse place à l’émotion. À 38 ans, l’ouvreur Benjamin Roquebert dispute le dernier match de sa carrière. Entouré de sa famille, il savoure un dernier instant en bleu et blanc : « Partir avec un bouclier de champion de France, cela n’arrive presque jamais. Je me sens privilégié. Maintenant, je vais transmettre à mon fils. Cette vallée de la Lèze, j’y suis né et j’y mourrai un jour. »
Cap ensuite sur L’Isle-Jourdain. Au milieu des célébrations de Thuir, Benjamin Domenech, enseignant spécialisé dans les Aspres et frère de l’entraîneur Jean-Baptiste, contemple trois jeunes joueurs posant avec le Bouclier. « Je me suis occupé d’eux lorsqu’ils étaient enfants. Le rugby leur a fait énormément de bien. » Pour lui, ce titre dépasse le simple résultat sportif. « J’ai joué dans plusieurs clubs catalans sans jamais connaître ça. Ici, la majorité des joueurs est originaire de Thuir ou des environs. Cela donne une saveur particulière à ce titre. »
Le voyage s’achève entre la Charente-Maritime et la Vendée. À Saint-Jean-d’Angély, où se dispute la finale Gaudermen, Christophe Mombet, président de l’association et du centre de formation du Racing, célèbre le renouveau de la formation ciel et blanc. Tandis que les tee-shirts de champions de France sont distribués aux joueurs, il savoure : « C’est le travail de toute une structure, des éducateurs jusqu’aux plus jeunes catégories. Ramener un bouclier avec cette génération est encore plus fort. »
Quelques centaines de kilomètres plus à l’ouest, à La Roche-sur-Yon, Gérard Gerbelot Barillon, président des Puncheuses et figure historique du rugby féminin, observe ses joueuses sous son célèbre chapeau façon Crocodile Dundee. « J’ai connu les débuts du rugby féminin à Bourgoin. Aujourd’hui, il apporte une vraie richesse à nos clubs. À nous de continuer à faire grandir ce projet. »D’un stade à l’autre, une même évidence s’impose : derrière chaque finaliste, c’est toute une France du rugby qui s’exprime.
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