Dans le village de Saint-Léger-des-Vignes, petite commune nivernaise d’environ 1 800 habitants, le club de rugby local, l’Espérance Saint-Léger-des-Vignes Rugby (ESL), ne cesse de multiplier les initiatives afin de développer sa pratique et son ancrage territorial. Que ce soit pour promouvoir le rugby dans des zones historiquement peu tournées vers ce sport, augmenter le nombre de pratiquants et de licenciés ou encore valoriser et réinvestir des infrastructures sportives parfois laissées à l’abandon, le club a choisi de miser sur un concept devenu central dans son fonctionnement : les « antennes ».
Depuis les deux premières structures de ce type créées en 2021 à Saint-Honoré-les-Bains et Champvert, une autre a vu le jour à La Fermeté. À Champvert, les entraînements se déroulent chaque mercredi après-midi sur l’ancien terrain de football du stade du Chêne, inutilisé depuis plus de dix-sept ans. Avec le soutien de la municipalité, l’ESL y a installé une partie de son école de rugby destinée aux enfants de 3 à 13 ans.
À Saint-Honoré-les-Bains, c’est un autre exemple de coopération locale qui se met en place, avec un partage intelligent du stade municipal de football les mardis soir. Une organisation qui séduit les jeunes licenciés, à l’image d’Enzo Besse, joueur polyvalent en catégorie M14, impliqué à la fois dans l’école de rugby, dans le rugby loisir sans plaquage (RLSP) et dans la pratique UNSS au collège. « Le rugby me permet vraiment de me vider la tête, explique-t-il avec le sourire. Plus j’en fais, mieux je me sens. Et puis c’est génial d’être entraîné par mon père selon les catégories où je joue. »
Parmi les parcours marquants issus de cette dynamique, celui de Jules Deux Koryl symbolise parfaitement la réussite du projet. Formé au sein de l’antenne de Saint-Honoré, il a découvert le rugby grâce à l’implantation du club dans le Morvan. Depuis, il a franchi toutes les étapes de la formation jusqu’à évoluer avec l’équipe Super Challenge M14 Élite de l’USON Nevers Rugby. Désormais en catégorie M16, il fait également partie de la section sportive rugby du collège de Decize.
D’autres jeunes du club ont eux aussi réussi à se qualifier pour les championnats de France UNSS avec leurs établissements scolaires respectifs. Ancien joueur passé par Nevers, Valentin Maurel occupe aujourd’hui un rôle central au sein de l’ESL. Salarié du club, joueur sénior mais aussi coordinateur général, il intervient aussi bien sur l’organisation extrasportive que sur les compétitions, les événements, l’école de rugby, le pôle jeunes ou encore le développement de la pratique sur l’ensemble du territoire du Sud-Nivernais et du Morvan.
Les antennes représentent d’ailleurs un outil essentiel dans cette stratégie : « Cela nous permet de profiter de davantage de terrains et donc d’éviter de mélanger toutes les catégories, d’avoir plus d’espace dans les vestiaires et sur les terrains afin que chacun puisse s’exprimer dans de bonnes conditions. En ciblant des villages parfois éloignés mais aussi des communes avec des collèges et davantage d’habitants, l’objectif est double : faire découvrir le rugby et augmenter progressivement notre nombre de licenciés. Nous voulons avancer à notre rythme et devenir le club de tout un bassin de vie, et non plus seulement celui d’un village. »
Pour faire connaître ces projets et attirer de nouveaux pratiquants, le club s’appuie autant sur la puissance du bouche-à-oreille que sur les réseaux sociaux et les groupes WhatsApp particulièrement actifs. Laurie Girard et Marie Bralet incarnent parfaitement cette nouvelle vague de joueuses attirées par l’une des antennes du club. Toutes deux ont découvert le rugby cette saison et mettent en avant la proximité géographique comme un véritable atout.
« À force de venir voir jouer mon conjoint Nathan, cela m’a donné envie d’essayer, raconte Laurie, qui pratiquait auparavant uniquement la pole dance. Cette formule et ce lieu étaient idéaux pour moi. »Malgré quelques appréhensions au départ, la proximité a fini par convaincre Laurie. « Je craignais un peu le contact et les plaquages au début. Mais ici, je ne suis qu’à quinze minutes de chez moi, c’est très pratique. Et puis, cela redonne de la vie au village grâce au sport », confie-t-elle.
Même enthousiasme du côté de son amie Marie. Installée à Nevers, elle voit dans cette nouvelle antenne un moyen de limiter les déplacements tout en découvrant le rugby dans un cadre convivial. « C’est Laurie qui m’a poussée à essayer. J’ai été très bien accueillie et chacun a pris le temps de m’expliquer les règles et le fonctionnement. On partage de vrais moments de cohésion et d’esprit d’équipe », souligne-t-elle.
Surnommée « Chacha » au sein du club, Charlène Garrant représente une autre figure importante de cette aventure collective. Joueuse en rugby loisir, éducatrice à l’école de rugby et compagne d’un joueur de l’équipe première, elle est également présidente de l’école de rugby depuis maintenant trois saisons. Elle entraîne sa fille Lisa en catégorie M8 tandis que le père de famille encadre leur fils Gabriel en M12.
Pour elle, l’impact des antennes dépasse largement le seul cadre sportif : « Ces structures dynamisent énormément les villages et les villes partenaires. Voir des habitants ressortir de chez eux pour venir assister aux entraînements ou regarder les enfants jouer fait du bien à tout le monde. » Dans cette logique, le club continue sans cesse de diversifier ses propositions. Grâce à une flotte de onze véhicules, dont sept minibus, l’ESL peut mettre en place des systèmes de navettes pour certaines catégories et certains secteurs géographiques. Les antennes offrent aussi l’opportunité de développer d’autres formes de pratique que le rugby traditionnel à XV avec plaquage.
Depuis 2022, l’antenne de La Fermeté accueille à la fois le pôle jeunes, qui s’entraîne les jeudis soir, et une section de rugby loisir sans plaquage organisée chaque lundi soir. Aurélien Besse, éducateur en M14 mais aussi président et entraîneur de cette section RLSP, souligne l’importance de cette pratique : « Une vingtaine de personnes fait vivre le complexe sportif grâce au rugby loisir. On y retrouve des jeunes de l’école de rugby mais aussi des pratiquants et pratiquantes de tous âges. C’est extrêmement enrichissant humainement. »
Aujourd’hui, plusieurs dirigeants locaux ont rejoint l’aventure et participent activement à la vie des différentes antennes. Les entraînements se déroulent souvent dans une ambiance conviviale, parfois en musique, et se terminent régulièrement autour d’un moment de partage improvisé, d’un verre de l’amitié ou d’un repas commun. Concernant le financement, le club peut bénéficier d’une aide de 1 500 euros lors de l’ouverture d’une antenne, tandis qu’environ 75 % des coûts annuels sont pris en charge par des partenaires sensibles à ces initiatives de développement rural et sportif.
N’étant pas une association directement rattachée aux communes concernées, l’ESL ne peut pas prétendre aux subventions municipales classiques, mais cela n’empêche pas une forte solidarité locale. Le monde professionnel soutient également cette dynamique, notamment à travers les liens étroits tissés avec l’USON Nevers Rugby qui évolue en Pro D2. Son président, Régis Dumange, figure parmi les mécènes majeurs du club.
Pendant de nombreuses années, les dossiers de demandes d’aide pour les infrastructures, le matériel ou les emplois ont été montés par Olivier Freslon, l’un des présidents historiques du club, qui a ensuite transmis son savoir-faire administratif et associatif à d’autres bénévoles. L’antenne de La Fermeté, dont le terrain est homologué pour accueillir des compétitions officielles, constitue désormais une solution supplémentaire pour organiser des rencontres durant les week-ends. Deux containers doivent d’ailleurs être prochainement installés afin de créer des vestiaires dans un esprit débrouillard et fonctionnel.
Chaque antenne organise désormais son propre tournoi de fin de saison. Point d’orgue de cette réussite : le Comité départemental de la Nièvre a choisi les installations de La Fermeté pour accueillir un tournoi départemental des écoles de rugby réunissant près de 200 enfants, tandis que les terrains de Saint-Honoré-les-Bains recevront cette saison les finales départementales. Car l’ESL ne se résume plus à son équipe sénior évoluant en Fédérale 3.
Fondé en 1961 sous l’impulsion de l’entreprise locale de pneumatiques, le club des « Orangers » – surnom donné avec affection à ses licenciés – n’a cessé de se développer et de se structurer au fil des décennies. Symbole de cette progression, l’école de rugby a connu une croissance spectaculaire, passant de 26 à 126 enfants en seulement neuf saisons. Fort de cette dynamique, le club affiche désormais de nouvelles ambitions, avec en ligne de mire la création d’une équipe de cadettes et la conquête d’une troisième étoile pour son école de rugby dès la saison prochaine.
Soutenu par une véritable armée de bénévoles, l’ESL peut compter sur 21 éducateurs diplômés qui accompagnent les jeunes non seulement dans leur progression sportive, mais aussi dans les études, la recherche de stage, de formation ou même d’emploi. « Je n’ai pas hésité à passer mes diplômes pour encadrer les enfants sur le terrain, rappelle Charlène Garrant, en plus du travail administratif lié à l’école de rugby et au bien-être des jeunes. Certains de nos enfants ne partent jamais en vacances et n’ont même jamais vu la mer. Depuis la saison dernière, nous avons réussi à financer un séjour au bord de l’Atlantique ou de la Méditerranée pour cinq de nos équipes durant un week-end prolongé. »
Avec Valentin Maurel, le club compte désormais cinq salariés, auxquels s’ajoutent plusieurs étudiants en BPJEPS et des alternants. L’inclusion, la transmission et la recherche constante de nouveaux bénévoles restent également au cœur du projet associatif. « Chaque saison, explique Charlène Garrant, nous essayons d’impliquer quelques parents sur un ou deux plateaux. Ils participent énormément, donnent un coup de main et certains finissent même par prendre une licence au club. »
Les effectifs de l’école de rugby sont aujourd’hui suffisamment importants pour que toutes les catégories d’âge soient représentées sans avoir recours à des ententes avec d’autres clubs pour compléter les équipes. Le club participe également au Tournoi national des Quartiers et Campagnes (TNQC). Sensibiliser les jeunes à l’écologie, aux gestes écoresponsables, au tri des déchets, proposer des stages multisports pendant les vacances scolaires, développer le rugby féminin ou encore poursuivre l’implantation de la pratique dans les territoires ruraux font partie des nombreux axes de développement poursuivis par l’ESL.
Le travail accompli par le club a même été mis à l’honneur lors du gala « Rugby au Cœur », porté par le nouveau président Fabien Pelous. Une reconnaissance à la hauteur du dynamisme des Léogartiens (le gentilé des habitants de Saint-Léger-des-Vignes) dont les ambitions ne cessent de grandir. Terrain synthétique, création d’une section de rugby adapté en partenariat avec un établissement spécialisé, développement de nouvelles antennes à Moulins-Engilbert et Luzy : le club multiplie les projets et confirme sa volonté de rayonner bien au-delà de son territoire. Une ascension remarquable pour cette structure rurale, devenue en quelques années un véritable exemple de développement territorial par le sport.