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Féminisation de l’arbitrage : Journée de formation des élèves arbitres

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En janvier dernier, le rugby et l’UNSS se sont de nouveau associés en Ligue Auvergne-Rhône-Alpes afin de proposer une intervention arbitrage à des collégiens et lycéens. L’occasion de toujours mieux former à la règle les pratiquants et susciter des vocations pour certaines jeunes filles.

À peine le soleil effleure-t-il les cimes majestueuses de la Maurienne que la Maison du rugby de Montbonnot, à une dizaine de minutes au nord-est de Grenoble, ouvre déjà ses portes à ses premiers aspirants et aspirantes. Initialement attendus à une quarantaine, ils sont finalement plus de 80 collégiens et lycéens, âgés de 14 à 18 ans, issus d’une douzaine d’établissements et associations, à investir la salle de réunion dès 9 h 30, dans un élan collectif marqué par une quasi-parité.

Une première réunion commune regroupe toute cette jeunesse pas refroidie par les températures avec, d’entrée, deux questions posées à ces élèves rugbymen  : quels sont les intérêts pour un joueur ou une joueuse de connaître les règles  ? Que peut m’apporter la pratique de l’arbitrage en tant qu’homme/femme  ? Des différents ateliers composés par petits groupes d’élèves ressortent alors trois thématiques  : les valeurs du rugby, la confiance en soi et le sens de la responsabilité.

Chargé de mission bénévole auprès de la FFR, notamment pour les questions d’arbitrage, Philippe Marguin est l’un des principaux organisateurs du jour. Pour lui, toutes les règles et leurs évolutions sont d’abord faites pour assurer la sécurité du jeu  : « Arbitrer est un acte d’engagement, de prise de décision. Cela renforce la confiance tout en étant porteur de valeurs. Cela peut faire la différence dans le scolaire ou la vie active. À l’international, avec plus de 11 pénalités par match, vous avez 80 % de chances de perdre le match. Vous serez aussi de meilleurs joueurs en maîtrisant les règles. »

À ses côtés, Pierre Martin, conseiller technique départemental et arbitre, observe la scène avec satisfaction. Impressionné par l’affluence, quasiment doublée par rapport au stage de la saison précédente, il y voit un signal fort et encourageant. « Cela démontre que le travail engagé porte ses fruits. Renforcer les passerelles entre l’UNSS, les clubs et l’arbitrage est essentiel pour structurer et pérenniser ces parcours », souligne-t-il.

Des ateliers dirigés par les enseignants

Le soleil ayant quelque peu réchauffé les installations du RC Grésivaudan, tout le monde prend la direction des vestiaires et du terrain synthétique avec des livrets du jeune arbitre à portée de main. Là encore, différents ateliers rugbystiques sont dirigés par les enseignants aux quatre coins de la pelouse. Professeur d’EPS au lycée professionnel Gambetta à Bourgoin-Jallieu, Wilfried Villaret y anime la section rugby les mercredis tout en étant responsable de l’arbitrage académique au niveau scolaire et coach des Crabos au CS Bourgoin-Jallieu.

Pour lui, un gros travail a été effectué depuis 5 ou 6 ans dans le territoire. Il complète  : « D’abord avec les Comités départementaux puis la Ligue AuRA et Thierry Réguillon (vice-président de la Ligue chargé du scolaire, ndlr) avec lesquels on travaille beaucoup. L’apport de la FFR ou des formations de Pierre Martin et Philippe Marguin lors des journées de sport scolaire a déclenché pas mal de choses chez les jeunes. Tout ce travail porte ses fruits. »

Sur le synthétique, en plus de la sécurité du joueur, les quatre règles d’or fondamentales du rugby sont au centre de tout avec la marque (d’un essai), les droits et devoirs du joueur, le plaquage et le hors-jeu. Pour encadrer ces aspirants et susciter des vocations, deux jeunes arbitres sont à chaque fois désignés par atelier, comme cela se passe au niveau scolaire.

Si certaines joueuses ont déjà joué du sifflet, il y a aussi les premiers émois de représenter celle qui sert le jeu de rugby. Venant du collège de Saint-Paul-sur-Isère, Justine Lesage confie avoir « juste arbitré une fois en début de saison à l’occasion d’une journée rugby UNSS »Elle confirme y avoir trouvé de la motivation  : « Cela me plaît d’arbitrer et me pousse à mieux apprendre les règles. Du coup, je fais moins de fautes. On verra si l’ambition vient au fur et à mesure. »

Joueuse à Chambéry et de la section sportive de son établissement, Lia Coulon a, elle, déjà arbitré par le passé  : « Il faut tout le temps observer, être en éveil sur chaque action. Ça demande une grosse maîtrise des règles et une grosse concentration. En tout cas, le passage du rugby version UNSS à celui pratiqué en club se fait facilement. »

Respect et bienveillance

Quand on lui a tendu un sifflet pour arbitrer un petit atelier sur la thématique de l’essai, Amélie Bazzoli a fait la moue. « Je ne sais pas arbitrer, se défend-elle en souriant a posteriori. Même si cette journée est très intéressante, je ne voulais pas faire d’erreur avec ces règles qui sont encore compliquées pour moi. » Pour autant, cette nageuse l’assure  : « Je n’ai aucune intention d’abandonner le rugby scolaire ni ces copines formidables que j’ai accompagnées. J’aime le fait qu’avec ce ballon, on puisse tout faire  : avancer, courir, passer ou jouer au pied. »

Juliana Larnaudie, qui a déjà arbitré des M12 avec son club de Chambéry, insiste, elle, sur la notion de respect  : « Les parents sont bienveillants, les joueurs respectueux et moi, j’avais confiance en moi. Il ne faut pas oublier que sans arbitre, il n’y a pas de match. » Après un repas pris en commun à la Maison du rugby, le terrain est de nouveau désigné. Point d’orgue de ce rassemblement, huit arbitres (dont quatre filles) sont choisis ou se proposent afin d’arbitrer une finale régionale de rugby à 7 féminin.

Sifflets, tenues officielles, talkies-walkies ou drones, tout est de sortie comme pour l’élite de notre sport. Parmi ce squad promis à faire respecter les règles et vivre le ballon, Tessa Boujard, 16 ans, lycéenne à Gaspard-Monge à Chambéry, a découvert le rugby au club de l’US Jarrie Champ. Malgré sa seule formation de la matinée, elle montre une grande motivation pour diriger ce match en duo  : « J’aime bien, ça me fait une expérience. Je remarque qu’il y a de plus en plus de filles et de femmes arbitres. Malgré la vitesse du jeu, on a réussi à se répartir les actions avec ma coéquipière. Niveaux règles, on a bien géré. Le 7, qui est moins saccadé, est plus fluide. »

Sa copine et collègue du jour, Émilie Sylvestre, qui fréquente le même lycée, n’avait pour sa part qu’arbitré les petits de son club, le SO Chambéry  : « C’est mon premier match et c’est bien que ce soit du Seven, car ça joue beaucoup. Il n’y a pas trop de phases de conquête. Être en binôme, constituer une équipe, c’est mieux. Et être équipées comme les arbitres pro, c’est super », avoue-t-elle, le regard brillant.

La rencontre est découpée en quatre quart-temps. L’occasion pour les formateurs de débriefer avec leurs protégés, voire de donner quelques conseils. Si, à 14 ans, Lisa Chabert n’est joueuse qu’en UNSS, elle arbitre aussi cette finale  : « J’avais déjà arbitré lors de tournois. Je me suis proposée pour arbitrer cette finale. Cela ne me fait pas peur. Je voulais confirmer ma bonne sensation. »

Alicya Belin, 16 ans, élève au lycée Monge et joueuse au SO Chambéry, se souvient de ses débuts en tant qu’officielle de match  : « Je m’étais blessée et on m’a proposé d’arbitrer. J’avais bien aimé. C’est bien qu’on essaie de booster l’arbitrage féminin. Je pense que niveau concentration, sérieux et sensibilité, on peut apporter une plus-value. » Sitôt sa finale bien dirigée, elle participe aux oppositions en tant que joueuse… et marque trois essais !

Des jeunes filles motivées

Le long de la touche, Zahra Azzouz les observe assidûment. Professeure de physique-chimie au collège Fernand-Bouvier à Saint-Jean-de-Bournay, elle encadre une section de rugby scolaire et joue au club du RC Saint-Jean-de-Bournay, pour lequel elle passe aussi des diplômes de coach  : « Six de nos joueuses étaient motivées pour venir faire aujourd’hui la formation d’arbitrage. L’arbitrage est une vision très intéressante. L’engagement, les valeurs et la responsabilisation qui en découlent sont très positifs pour les enfants et plus tôt ils commenceront, mieux ce sera et j’ai bon espoir qu’il y ait plus de filles et femmes arbitres. »

Après cette rencontre, d’autres matches sur demi-terrains sont organisés pour défouler les jeunes et effectuer des rotations pour les binômes d’arbitres. La collégienne Louise Leclerc, qui découvre le rugby cette saison, n’avait jamais arbitré  : « Il ne faut pas avoir peur et c’est encore trop tôt pour moi. Peut-être plus tard. »

Ilyana Chautagnat, 15 ans, en seconde à l’internat de l’EPAE de Montbonnot, est, elle, plus radicale, traduisant aussi l’état d’esprit de certaines jeunes joueuses de son âge, qu’il faut comprendre pour mieux convaincre un jour. « Je découvre juste le rugby via le scolaire alors que je joue au foot,argue-t-elle. L’arbitrage, c’est trop de responsabilités pour moi. Pour l’instant, je préfère être la personne qui joue. »

Citlali Mollet Ballote, 16 ans, fréquente le lycée La Saulaie de Saint-Marcellin. Elle a découvert le rugby en UNSS avant de rallier le club du Sud Grésivaudan Rugby (SGR)  : « L’arbitrage demande une vraie force mentale, ce qui me semble encore un défi, alors je préfère pour l’instant jouer et suivre les consignes. Mais c’est formidable que le rugby et l’arbitrage soient désormais accessibles aux filles. » Jusqu’en cadettes, les filles jouent au rugby avec les garçons. « Mais elles ont envie de jouer entre elles », assure la professeure Zahra Azzouz.

Souvent, faute d’équipe 100 % féminine, les joueuses quittaient ce sport,comme le rappelle Zahra Azzouz  :« C’est aussi pour cela que nous avons lancé cette section UNSS cette saison en partenariat avec le club du RC Saint-Jean. À la suite de la création de cette section qui compte une vingtaine de joueuses, le club a bon espoir de lancer une équipe cadettes la saison prochaine. »

Appréhender le rugby et l’arbitrage sans pression

Ce rugby scolaire dynamique permet à beaucoup de débutantes d’appréhender ce sport et l’arbitrage sans pression. « Les joueuses confirmées sont moins représentées, glisse Wilfried Villaret. Ainsi, avec une connaissance de la règle moindre aux débuts, les joueuses débutantes ont moins de facilités à oser arbitrer. C’est moins le cas avec les garçons. Pour autant, la formation des jeunes officiels nous tient toujours à cœur et on poursuit notre action. »

Avec un profil très intéressant pour le rugby, Shanel Couturier, 16 ans, élève de première, ne pratique en club que la MMA et la boxe thaï. Via son internat de l’EPAE de Montbonnot, elle s’est aussi essayée au rôle de référé  : « Il serait idéal de voir davantage d’arbitres féminines, et celles qui se lancent montrent une grande affirmation. Arbitrer des garçons ou des hommes demande confiance et caractère, des qualités que beaucoup peuvent développer. »

De retour en salle de réunion, les passerelles entre l’UNSS et la FFR sont aussi détaillées quand un bilan et un jeu de questions-réponses achèvent la belle journée. « Ces passerelles qui existent entre les fédérations scolaires et la FFR et lient notamment les diplômes d’arbitrage sont un facteur intéressant pour recruter les arbitres féminines de demain, insiste Pierre Martin. On essaye de motiver les filles à faire toujours plus de rugby et à arbitrer. » Les motivations sont toutes trouvées lors de cette journée des plus enrichissantes et dont certaines arbitres en herbe pourront se souvenir plus tard.

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La Rédaction

26/02/2026