
Fédération à missions : Continuons de grandir ensemble !
Il est 18 h 30 au stade Etcheberry du CS Vienne, club de Nationale 2 situé en Isère. Sous la tutelle d’Yves Rabatel, Denis Cattiaux et Jennifer Pastor, une vingtaine de rugbymen et rugbywomen commencent l’échauffement sur le terrain synthétique pendant que certains de leurs proches observent l’entraînement du banc de touche et interagissent avec eux. À première vue, rien qui diffère d’une séance classique.
Il s’agit pourtant d’un entraînement de rugby adapté à destination des joueurs atteints de déficiences ou de handicap mental (trisomie, autisme, troubles de l’attention avec hyperactivité…). Créée en 2018 à l’initiative de Rémi Meuriot, vice-président du CS Vienne, cette section de rugby adapté est née d’une démarche personnelle : répondre à la demande de son fils, porteur de trisomie. Le projet s’est ensuite structuré et développé progressivement, dans un contexte où cette pratique était encore quasi inexistante dans le département. « En s’appuyant sur des partenariats avec les ESAT (établissements et services d’accompagnement par le travail, ndlr), la section a élargi son public et on a attiré d’autres joueurs âgés de 18 à 55 ans. »
Le succès est immédiat. Des IME (instituts médico-éducatifs), IMPro (instituts médico-professionnels), ESAT, foyers et hôpitaux psychiatriques contactent le club pour obtenir des informations et inscrire de nouveaux joueurs. Fort de plus de 30 ans d’expérience comme éducateur sportif, aujourd’hui retraité, Rémi Meuriot connaît parfaitement le milieu du handicap et décide alors de structurer le projet. Initialement tournée vers les adultes, la section franchit une nouvelle étape en 2021 avec la création d’une équipe de rugby adapté dédiée aux enfants, élargissant encore l’accès à la pratique au sein du club.
Des licenciés suivis médicalement
Au début du projet, les familles des joueurs étaient parfois inquiètes, le rugby étant considéré comme un sport physique, pas toujours compatible avec un handicap. Très vite, les bénévoles et les joueurs eux-mêmes montrent des signes rassurants et prennent plaisir à participer aux séances. Les licenciés sont suivis médicalement aussi bien sur le plan physique que psychologique. Pour limiter les risques de blessure et de déséquilibre de niveau, le club met en place différentes catégories en fonction des « aptitudes rugbystiques, physiques et psychologiques » de chacun.
Les séances, qui se déroulent le jeudi après-midi, sont encadrées bénévolement par des membres du club, sans qui rien ne serait possible. Yves Rabatel, coach de l’équipe depuis le début de la création du projet, explique le contenu des séances qui se déroulent trois fois par mois : « Les séances débutent par un échauffement structuré autour de quatre exercices, avant de laisser place au jeu. On mise sur la répétition d’un même contenu d’entraînement afin de favoriser l’adaptation et l’assimilation. Lors du troisième et dernier entraînement du bloc, on intervient volontairement le moins possible pour valoriser l’autonomie des joueurs et vérifier qu’ils se sont approprié les exercices. »
Pour encadrer et animer les séances, Yves n’est pas seul. Il est accompagné de Denis Cattiaux, bénévole et directeur des foyers de l’Isère rhodanienne, de Jennifer Pastor, étudiante en BPJEPS Rugby, et parfois de Mathys Ramard, employé au club. Tous font preuve d’une grande patience et d’une vraie pédagogie. « Il faut les accueillir tels qu’ils sont et avancer avec eux, en instaurant un climat de confiance et de sécurité », souligne le coach. Un point de vue partagé par Jennifer Pastor, qui met l’accent sur le plaisir de jouer : « L’essentiel, c’est de les encourager. Ils font déjà énormément d’efforts pour progresser. Le plus important, c’est qu’ils prennent du plaisir. »
L’apprentissage des passes en arrière reste parfois le point le plus délicat, comme le souligne Rémi : « Même mon fils, qui a pourtant sept ans de rugby, peut encore l’oublier. Cela arrive surtout sous l’effet de l’émotion, de la pression ou de l’appréhension. Mais globalement, les règles sont bien intégrées : ce sont les mêmes que celles vues à la télévision, et ils les comprennent très bien. » Derrière cette initiative se cache évidemment un objectif sportif qui leur permet de manipuler un ballon, de respecter des consignes et de devenir indépendants pendant les exercices. Du côté des principaux intéressés, tout le monde est ravi de ces moments de partage autour du rugby, mais aussi de pratiquer une activité physique, malgré le handicap.
Le rugby adapté se démarque aussi dans sa dimension sociale, comme le rappelle Rémi Meuriot. « On a beaucoup de trisomiques, des autistes, des hyperactifs, qui sont de nature introvertie. Au début, certains fuyaient le terrain, on devait leur courir après ! Ça leur apprend la socialisation. » Et beaucoup ont progressé à ce niveau-là. « On a créé des supports pour qu’ils puissent se dépenser et partager le ballon à plusieurs », témoigne le vice-président du club.
Au début du projet, le club organisait des séances de touch rugby afin de limiter les contacts physiques mais, rapidement, ce sont les joueurs qui ont demandé à ajouter les plaquages et les mêlées. « Ils se sont identifiés à ce qu’ils voyaient à la télé,s’enthousiasme le vice-président. Ils voulaient faire comme les pros. Ils adorent plaquer. Un jour, un joueur de l’équipe première est venu participer à une séance, certains n’ont pas hésité à le plaquer, pour montrer qu’eux aussi, ils étaient costauds. »
Le club associe régulièrement les joueurs de l’équipe première, notamment lorsqu’ils sont en phase de rééducation, aux séances de rugby adapté, afin de créer de véritables temps de rencontre et d’échange. Ces moments renforcent les liens au sein du club et donnent tout leur sens au projet. « À Vienne, le rugby occupe une place importante et beaucoup suivent l’équipe fanion, explique Denis. Pouvoir partager le terrain avec eux est quelque chose de fort et très symbolique. Faire partie du club compte énormément pour ces joueurs : ils en sont fiers et développent un réel sentiment d’appartenance. »
Octobre Rose, Movember, Noël solidaire…
Afin de consolider ce sentiment d’appartenance, le CS Vienne a mis en place, en décembre, une séance commune d’une demi-heure réunissant les joueurs de l’équipe fanion et ceux de la section de rugby adapté. Un temps fort, pensé pour favoriser les échanges et renforcer les liens au sein du club. En novembre dernier, l’équipe de rugby adapté comptait une vingtaine de pratiquants. Depuis sa création en 2018, plus de la moitié des joueurs sont restés fidèles au projet, témoignant de sa solidité et de son attractivité. Désormais, le club ambitionne de poursuivre son développement et d’accueillir une dizaine de nouveaux membres dans les années à venir.
Au stade Etcheberry, un message revient partout : sur les tables, les murs, dans les tribunes, du portail d’entrée jusqu’aux terrains synthétiques au fond du complexe sportif : « Continuons de grandir ensemble ! » Un slogan qui résume l’état d’esprit du CS Vienne et qui guide l’action du club au quotidien. À sa tête depuis 2022, le président-salarié Yan Arnaud en a fait un fil rouge : « Nous avons souhaité répondre concrètement aux enjeux de santé et de bien-être, d’éducation, de citoyenneté, d’écologie et d’inclusion. »
Pour être en phase avec les exigences du Label Club Engagé, le CS Vienne a ainsi multiplié les initiatives. Opérations de recyclage de téléphones, actions de sensibilisation aux enjeux climatiques, mobilisations autour d’Octobre Rose et de Movember, Noël solidaire, organisation d’un forum de l’emploi ou encore partenariats avec les Restos du Cœur : autant d’actions qui traduisent l’ambition du club de jouer pleinement son rôle social, bien au-delà du terrain.
Le CS Vienne inscrit son action bien au-delà du terrain en multipliant les partenariats et les initiatives sur son territoire. Le club collabore ainsi avec des événements culturels emblématiques comme Jazz à Vienne ou le musée gallo-romain, tout en s’impliquant dans des actions très concrètes du quotidien : formation aux premiers secours citoyen (PSC1), organisation de stages vacances, interventions dans les quartiers populaires ou en EHPAD, sans oublier les actions de sensibilisation menées auprès de la gendarmerie et des pompiers. Autant d’engagements qui témoignent d’une volonté d’ouverture et d’ancrage local fort.
Si la formation sportive reste évidemment une priorité, le CS Vienne revendique une ambition plus large. « L’idée est de créer un écosystème autour du projet avec nos salariés, nos bénévoles, nos supporters, nos éducateurs », rappelle le président Yan Arnaud. Chaque acteur du club est invité à jouer un rôle et à s’investir dans les différentes missions portées par la structure. Les joueurs, par exemple, participent au ramassage des déchets dans et autour du stade, s’impliquent lors des stages vacances et prennent part à certaines actions écologiques, renforçant ainsi le lien entre pratique sportive et engagement citoyen.
Toutes ces démarches s’inscrivent dans une vision assumée, guidée par la conviction et les valeurs du club. « On souhaite être plus structurants, plus impactants et plus professionnels, ajoute Yan Arnaud. On veut mettre un cadre autour de nos actions. C’est dans notre ADN. » Un principe directeur qui traduit la volonté du CS Vienne de se développer durablement, en formant non seulement des joueurs, mais aussi des citoyens pleinement investis dans la vie de leur territoire.
Nouvel objectif : remplir à 100 % le barème de points du Label Club Engagé
Le projet du CS Vienne s’articule désormais autour de trois axes clairement identifiés : le sportif, l’économique et la responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Chacun de ces piliers répond à des objectifs précis et participe à la cohérence de l’ensemble du projet club. Cette structuration se reflète dans la gestion financière. Avec un budget global porté à 2,2 millions d’euros – contre 1,3 million en 2022 –, le CS Vienne a fait le choix de ne pas concentrer l’ensemble de ses moyens sur l’équipe première. Environ 1,5 million d’euros lui sont dédiés, laissant une part significative du budget au développement des autres composantes du club et à ses actions de fond.
Pour accompagner cette dynamique, le club s’appuie sur une politique active de recherche de financements et de partenariats. « On a des appels à projets, explique Yan Arnaud. Des entreprises veulent s’impliquer sur certaines catégories ou projets du CS Vienne. On veut aller chercher des budgets, des partenariats, des financements pour continuer ces actions. C’est notre combat au quotidien. » Ce travail constant, mené avec rigueur et abnégation, permet aujourd’hui au CS Vienne de bénéficier d’un soutien économique solide, à travers le mécénat et les partenariats, mais aussi d’un appui politique qui conforte la crédibilité et la pérennité du projet.
Cet engagement est également soutenu par les institutions locales. Le Département a ainsi sollicité les Viennois afin de les accompagner dans l’encadrement du sport adapté, tandis que la mairie apporte son concours, notamment pour la formation aux premiers secours citoyen (PSC1). Fort de ces soutiens, le CS Vienne s’est fixé un nouvel objectif ambitieux : atteindre 100 % du barème de points du Label Club Engagé. Dans cette optique, le club devrait prochainement dévoiler sa nouvelle politique RSE pour les années à venir, avec ambition et détermination, tout en restant fidèle à sa ligne directrice : « continuer de grandir ensemble ».
