Si le Sport Athlétique Parthenaisien possède une histoire vieille de 117 ans, c’est en 2019 qu’est née l’idée de lancer une section de rugby santé, un projet alors porté par Sandra Peignon et Philippe Proust. Ce dernier revient sur la genèse de cette aventure :« J’étais éducateur sportif aux sports de la ville de Parthenay, j’avais déjà travaillé avec une infirmière dans le cadre de missions pour la ville, explique leresponsable de cette section officieusement démarrée en mai-juin 2019. Il y avait un groupe de personnes qui venaient au stade pour qu’on les remette en mouvement. Sandra m’a alors parlé d’une oncologue qui travaille dans la région toulousaine et qui avait lancé une section de rugby santé. C’est là qu’elle m’a dit : pourquoi on ne ferait pas la même chose à Parthenay ? »
Au départ, cette pratique s’adressait uniquement aux personnes touchées par un cancer. Très vite pourtant, d’autres publics, atteints de pathologies différentes, ont sollicité le club, poussant les dirigeants à faire évoluer le projet, comme l’explique Philippe Proust : « Au bout de deux saisons, on s’est dit avec Sandra qu’il faudrait ouvrir à d’autres personnes. Au début, le groupe était assez réticent. Finalement, tout s’est bien passé. »
Cette ouverture progressive a permis de structurer durablement la section, aujourd’hui intégrée à part entière dans la vie du club. Encadrées par des éducateurs formés et en lien avec des professionnels de santé, les séances sont adaptées au rythme et aux capacités de chacun, dans un cadre sécurisé et bienveillant. Au-delà de l’activité physique, la section rugby santé est devenue un véritable lieu de lien social, favorisant la confiance, le partage d’expériences et la reconstruction, tout en renforçant l’ancrage du club dans son rôle social et citoyen sur le territoire.
Aujourd’hui, la section rassemble un public aux profils variés, réuni autour du rugby comme support de pratique et de rencontres. « On compte encore majoritairement des personnes touchées par le cancer, précise Philippe Proust, mais aussi des participants en situation de surpoids ou présentant des pathologies cardiaques. » Une dynamique largement portée par les femmes, plus nombreuses à franchir le pas, comme l’observe le responsable : « Les hommes ont tendance à rester plus discrets face à la maladie. Les femmes, elles, assument davantage et se sont engagées plus spontanément dans la démarche. »
Bien plus qu’une activité aux vertus physiques et psychologiques, le rugby santé a ouvert les portes de l’Ovalie à de nombreux participants. Pour certains d’entre eux, cette première approche a même éveillé une vraie passion. « Le rugby permet de toucher un grand nombre de personnes qui a priori n’étaient pas destinées à en faire, embraye le secrétaire général et vice-président du SAP, Ludovic Pairaud. Seule une personne a un passé avec le rugby ici. Quand je vois Monique, 80 ans, qui est dans sa troisième saison avec nous, elle répète souvent qu’elle n’aurait jamais pensé pratiquer le rugby un jour dans sa vie. Jamais. »
Parthenay fait figure de précurseur sur le territoire en matière de rugby santé. En accompagnant plusieurs structures dans la mise en place de projets similaires, le SAP a contribué à l’essaimage de cette pratique, notamment à Thouars, dans le nord du département, où une section dédiée a vu le jour. Le club thouarsais propose même, depuis cette saison, du rugby-fauteuil, à l’image de Niort.
« Une de mes fiertés, c’est que ce projet a donné des idées à d’autres, explique Ludovic Pairaud. Récemment, une personne du club de Niort m’a appelé pour me demander des conseils. Il souhaite créer du rugby santé là-bas. Il avait notamment des doutes concernant la présence d’un docteur permanent pendant les séances et aussi sur quelques problèmes administratifs. »
Ainsi Niort Rugby Club a bénéficié des contacts, mais aussi de conseils pour tenir le cahier des charges vis-à-vis de la Fédération. Pour le secrétaire général du SAP, ce lien avec les clubs voisins est important pour conserver les valeurs qui sont prônées par le monde du rugby : « Il nous arrive aussi d’organiser des temps de rassemblement. Lors des journées de match séniors, nous essayons de proposer des levers de rideau, soit avec l’équipe féminine, soit, comme récemment à l’occasion d’Octobre rose, en accueillant une association, en l’occurrence Les Filles de Parthenay. Elles ont organisé une marche qui a réuni 1 500 participants et permis de récolter des fonds pour la Ligue contre le cancer. »
Avec la section rugby santé, le club était récemment à Poitiers et à La Rochelle. « On s’appelle entre nous, poursuit Philippe Proust. L’idée est de créer aussi des bons moments, manger ensemble et regarder les matchs des séniors l’après-midi. C’est simple, mais c’est agréable de partager ces moments-là. » La Ligue Nouvelle-Aquitaine joue également le jeu en invitant les clubs de ce coin de France lors de grands événements dans la région, comme l’an dernier avec le match des féminines contre l’Écosse à La Rochelle et cette année lors du match de Top 14 Bordeaux-Castres.
Ludovic Pairaud renforce cette idée de partage : « Les pratiquants sont très contents d’y aller, ils n’ont pas toujours l’occasion d’assister à ce genre d’événement. Pouvoir leur montrer ce qu’est le haut niveau, dans des ambiances comme celle-là, c’est du bonheur, mais aussi un réel lien social. Maintenant, certains d’entre eux viennent voir les matchs des séniors le dimanche, ce n’était pas le cas avant. »Depuis un an et demi, le club s’est engagé dans une réflexion de fond pour préparer son avenir et consolider son projet associatif, en lien avec la démarche portée par la Fédération autour des clubs à missions.
Cette orientation permet au SAP de formaliser et de structurer ses actions sociales, éducatives et citoyennes, déjà largement développées sur le territoire, tout en affirmant le rôle du rugby comme outil de cohésion et d’utilité sociale. « On a même changé de statut en juin 2023, se remémore Ludovic Pairaud, secrétaire général du club. On a désormais le statut de club à missions. » Une évolution qui inscrit durablement le club dans une dynamique fédérale, en donnant un cadre clair à ses engagements en faveur de la santé, de l’inclusion et du vivre-ensemble, au-delà du seul projet sportif.
À Parthenay, on parle aujourd’hui de rugby santé vecteur de bien-être, mais aussi d’inclusion et d’éducation à la citoyenneté. Des notions fortes qui se traduisent par deux piliers : la performance sportive, liée aux activités intra-club, et un pan social à travers un certain nombre d’activités, notamment écoresponsables, comme l’explique Ludovic Pairaud : « Il y a le projet “One, two, tri”, à but pédagogique, axé autour du tri et du compostage. On fait notamment des vidéos et des flyers pour expliquer ce tri avec les différents bacs. »
Le SAP encourage également le covoiturage pour les déplacements des licenciés et des opérations de nettoyage d’espaces verts sont prévues lors des stages d’intégration des séniors et du pôle jeunes. Le club développe également d’autres actions comme leTournoi des Quartiers, reconduit pour une troisième année. Toujours dans une optique d’éducation et de citoyenneté, Ie SAP réalise des interventions scolaires dans les campagnes. « On a fait des interventions auprès de foyers handicapés moteurs, mentaux et IME (instituts médico-éducatifs) »,rappelleLudovic Pairaud en précisant qu’un nouveau cycle va bientôt débuter.
Le club mène un autre projet qui lui tient à cœur : l’insertion professionnelle. Pour la deuxième année consécutive, le club a organisé l’opération nationale Du stade vers l’emploi, qui permet à des demandeurs d’emploi et à des recruteurs de se rencontrer autour d’ateliers rugby et de job dating. D’autres projets avec France Travail sont en cours de discussion.Le clubest en ce sens inscrit sur la plateforme La communauté des clubs engagés.
Ludovic Pairaud développe : « Nous travaillons sur un projet qui concerne des femmes de plus de 50 ans en recherche d’emploi ou des personnes en difficulté d’accès à l’emploi, soit par un chômage longue durée, soit par un problème de transport comme on peut le connaître dans notre région. » Une douzaine de personnes seront sélectionnées pour ce projet en place pour cinq semaines, comme l’explique le secrétaire général du club : « La personne viendra dans les bureaux du club pour qu’on travaille son CV mais également sur sa confiance en elle avec des mises en scène. France Travail œuvrera sur la partie liée à la recherche de l’emploi et nous plutôt sur des ateliers qui redonnent confiance. »
Parmi les axes de développement actuellement à l’étude, le club souhaite notamment renforcer la place du rugby féminin à Parthenay, identifié comme un levier majeur de dynamisme et d’attractivité. « On veut développer notre public féminin parce que c’est un vrai moyen de promouvoir le rugby », souligne Ludovic Pairaud. Pour accompagner concrètement cette ambition, le SAP a mis en place des mesures incitatives, à commencer par un effort financier sur le coût de la licence. « Nous avons mis en place un tarif adapté pour les femmes afin de faciliter leur accès à la pratique et encourager leur engagement dans le club. »
Au-delà de cette action symbolique, le club affirme ainsi sa volonté d’élargir encore son projet, en s’adressant à tous les publics et en valorisant toutes les formes de pratique, du rugby de compétition aux pratiques de développement. Une démarche d’ouverture et de modernisation qui accompagne la croissance du SAP et qui commence déjà à produire des résultats concrets, tant en matière de fréquentation que d’image et d’ancrage local.
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