Principalement féminin, plutôt que 100 % féminin. C’est avec cet adverbe que le Stade rennais Rugby (SR) aime à se définir. Bien que chantre de la mixité avec des licenciés joueurs, éducateurs, dirigeants ou bénévoles masculins, le club voit la grande majorité de ses effectifs composée de filles et de femmes. L’objectif est double : promouvoir depuis des années le rugby en Bretagne et le rugby féminin en général.
La Bretagne apparaît aujourd’hui comme un territoire particulièrement propice au développement du rugby. Sa présidente, Anne-Sophie Demoulin, observe d’ailleurs un engouement croissant pour ce sport dans la région : « On sent que notre territoire est une terre qui ne demande qu’à développer encore davantage le rugby, on sent une véritable envie de le voir grandir. »
Cette dimension identitaire est aussi revendiquée par les joueuses. Troisième ligne en M18, Louise Beyou souligne la fierté de représenter sa région : « Je suis bretonne et fière de l’être. Partout où l’on se déplace en France, on représente plus qu’un club, on porte le drapeau de la Bretagne. Dans notre équipe, on forme un groupe très soudé, où chacune pousse les autres à se dépasser. »
Au sommet du SR se trouve une équipe première évoluant en Élite 2 féminine, en lutte pour les places qualificatives au classement cette saison, après avoir connu la relégation du sommet de la pyramide la saison dernière. Ancienne joueuse en équipe une depuis les tout débuts du club, Rozenn Ngassa, membre du bureau, secrétaire et joueuse en loisir, est également speaker de ce club rouge et noir qu’elle a dans la peau.
Cette institutrice est surtout une incontournable du landerneau rennais et breton, alors que son mari (médecin du club) et ses enfants y jouent ou y ont joué. « Le rugby féminin est vraiment notre ADN, lance-t-elle. En plus des équipes de France à XV, à 7 et jeunes, le rugby féminin a besoin de vitrines partout en France. C’est ce que notre club tente de faire, modestement, sans oublier la formation et la promotion. Même si le rugby féminin poursuit sa progression et avance dans la bonne direction, il reste essentiel de continuer à le promouvoir pour accompagner pleinement son développement en 2026. »
Le Stade rennais aujourd’hui, c’est 135 licenciées et toutes les catégories d’âge représentées (sauf les M15), des baby rugby aux séniors, en passant par le Seven ou le rugby à 5 loisir. Et la formation n’est pas en reste. Sur les cinquante meilleures joueuses françaises de moins de 18 ans sélectionnées lors du dernier Élite Jeunes de Fréjus, quatre sont issues du club : Alixe Valence, Jeanne Denise-Awono, Romane Robert et Rose Mazan. Les actions au bénéfice du rugby pratiqué par les filles et les femmes sont ainsi légion dans ce club.
Tous les mercredis de la deuxième semaine des vacances scolaires, le SR invite ses licenciées, ainsi que les non-licenciées au club mais pratiquant le rugby ailleurs en Bretagne, à passer une journée ensemble, afin de progresser techniquement. « On prend le temps de bosser la passe, d’attraper un ballon, explique Anne-Sophie Huet, ex-Campus 2023 qui évolue aujourd’hui en première ligne en équipe sénior. On essaie d’améliorer les plaquages et d’avoir de meilleures courses. »
Salariée du club depuis deux ans, Anne-Sophie Huet souligne l’importance de ces journées : « Cela doit permettre à ces joueuses, une fois de retour dans leurs clubs respectifs, de mieux trouver leur place au sein de leur collectif ou avec les garçons. » En plus du travail avec le Pôle Espoirs rattaché au lycée Joliot-Curie ou des interventions dans le scolaire, le Stade rennais s’est mis au périscolaire depuis le début de la saison, comme l’explique Anne-Sophie Huet : « On propose des sortes de stages à destination des jeunes filles sur les temps du midi ou des mercredis. Elles découvrent ainsi l’activité avec un peu moins d’état d’esprit compétition qu’avec les garçons. Cela leur permet de se développer davantage. »
Demie d’ouverture et capitaine des séniors, Charlotte Toustou, qui joue sa 11e saison en rouge et noir, a pu poursuivre sa carrière de sportive de haut niveau avec le club en Pôle Espoirs tout en menant à bien son double projet. En master et en alternance au club, Charlotte Toustou travaille aujourd’hui dans le commerce sportif. Pour elle, ce club a une identité et des valeurs fortes que les filles défendent à leur majorité : « Le club permet de se former pour le rugby et pour la vie. Il faut pérenniser ces actions sociétales qui font bouger les choses et font parler de nous », insiste la capitaine, qui a déjà participé à certaines d’entre elles, comme des actions à la prison des femmes ou dans les quartiers prioritaires.
Mais tout cela ne serait pas possible sans le travail de l’école de rugby, base solide du club, en entente avec le Rennes Étudiant Club Rugby (REC) pour certaines sections. Pour vulgariser, le REC aurait tendance à former les garçons quand le SR est le phare breton pour les féminines. Ce qui n’empêche pas certaines filles d’évoluer avec des garçons dans certaines équipes quand des éducatrices du Stade rennais, pour ne pas écrire un grand nombre, travaillent bénévolement auprès des équipes de jeunes du REC.
Les Rouge et Noir interviennent également dans les quartiers prioritaires de la ville (QPV) à chaque période de vacances scolaires, voire entre parfois. À Rennes, on compte ceux de Bréquigny / Les Cloteaux / Champs Manceaux, Le Bosne, Cleunay, Maurepas ou Villejean. Ces interventions se font main dans la main avec des associations et partenaires implantés dans les quartiers, qu’il s’agisse de la Caravane du Sport, du Club Pugilistique Rennes Villejean (CBV) ou des services de la ville.
Certains de ces enfants bénéficient d’un accompagnement familial parfois limité, notamment lorsque l’accès au numérique reste difficile. Même si la proportion de jeunes qui deviennent ensuite licenciés en club demeure encore modeste, cela n’entame en rien la détermination à poursuivre et renforcer cette action. Des solutions concrètes sont mises en place, comme un service de navettes pour les joueuses qui ne peuvent se rendre aux entraînements ou aux matchs. Un dispositif d’aide aux devoirs est également proposé afin d’accompagner les jeunes qui en ont besoin et de les préparer au mieux à concilier projet scolaire et pratique sportive.
Trois-quarts polyvalente des séniors, co-capitaine du groupe et membre du bureau en lien avec l’équipe une ou des actions de développement, Margaux Dufros est également en 3e année de kiné. C’est via le scolaire lorsqu’elle avait 7 ans qu’elle a découvert le rugby avant de rejoindre le Rugby Club Val d’Ille Aubigné Melesse puis le Stade rennais : « Les belles ascensions de Vannes, du REC et du Stade rennais participent au développement du rugby breton. Mais il ne faut pas oublier les actions au quotidien. Plus on en aura dans toutes les classes sociales, mieux le rugby se portera. Il n’y a qu’à voir comment le rugby féminin se développe en Bretagne ou le nombre de joueuses à éclore dans cette région pour se rendre compte du bon travail effectué. » Une section de rugby loisir bien-être mêle également les sexes et les âges. Ce mix intergénérationnel permet aux parents d’enfants inscrits en école de rugby de venir pratiquer un rugby à toucher sans risques ni contraintes.
Le lundi soir, c’est rugby à toucher, le vendredi soir, rugby loisir. « C’est très positif que le rugby et notre club s’ouvrent à d’autres pratiques et d’autres publics, apprécie Rozenn Ngassa, qui joue maintenant en loisir après plus de vingt ans de haut niveau. Cela permet à celles et ceux qui aiment voir le rugby à la télé de pratiquer un rugby qui leur correspond, le tout dans un bon esprit. » Hyperactive, Anne-Sophie Huet, également titulaire d’une licence Activité Physique Adaptée et Santé (APA), appuie occasionnellement des actions en faveur du sport adapté ou pour le handicap, menées en parallèle avec la Ligue.
Créer ou développer une section sport adapté ou santé est d’ailleurs aujourd’hui en réflexion. Il se murmure enfin qu’un centre d’entraînement labellisé (CEL) pour la catégorie espoirs, porté par le Stade rennais, pourrait voir le jour. Rare club d’Élite 1 féminine à ne pas être adossé à un club disposant d’une structure professionnelle, le Stade rennais est fier de son modèle et poursuit avec conviction son œuvre à destination des filles et des femmes.