Tout au long d’une saison, les terrains sont mis à rude épreuve. Surtout quand on en manque. Et pour cet usage intensif, il faut une autorisation que l’on nomme qualification. Dans l’Annexe I du règlement général de la FFR concernant les installations sportives, il est précisé que « la qualification est le classement fait par la FFR de toutes les enceintes de jeu en fonction de la qualité et de la sécurité des équipements. Ce classement en quatre catégories (A, B, C, D) déterminera le niveau des rencontres qui pourront y être programmées. Une cinquième catégorie (E) concerne les terrains d’entraînement et les plaines de jeux (hors compétition). La qualification d’enceinte sportive est délivrée par la Fédération ». Une qualification concerne le terrain de jeu, mais aussi tous les équipements qui vont avec, qui sont autour.
Aux côtés du secrétaire général de la Fédération, Sylvain Derœux, élu référent sur ce sujet, et de David Guérin, chargé de la sécurité et de la qualification des enceintes, Baptiste Berthou rappelle que la différence entre un terrain A et un terrain D reste limitée : « Ce sont surtout les équipements autour du terrain qui déterminent la catégorie. »
Son travail consiste principalement à traiter les formulaires de qualification envoyés par les référents locaux. En lien étroit avec eux, mais aussi avec les communes ou communautés de communes propriétaires des stades, il vérifie les informations avant leur intégration dans le système Oval-e afin de tenir à jour l’état des infrastructures. « L’enjeu est clair : garantir des matchs et des compétitions dans des enceintes sûres », souligne-t-il.
Les terrains sur lesquels le rugby peut être pratiqué officiellement et qui sont qualifiés dans Oval-e sont environ 3 200 en France. Le service data en recense toutefois près de 4 000 si l’on inclut les surfaces utilisées de manière plus occasionnelle : terrains annexes, pelouses secondaires ou espaces permettant de jouer et de s’entraîner, sans pour autant accueillir des compétitions officielles.
Responsable sécurité, protocole et qualification des terrains pour la Ligue Occitanie de rugby, Jocelyn Brousse suit les 710 enceintes de la région classées en catégories D et E. Il veille aux échéances de qualification et coordonne les référents départementaux, qui réalisent les contrôles sur le terrain. Leurs rapports sont ensuite centralisés et intégrés dans Oval-e, après validation par la Ligue et la Fédération.
La FFR dispose de presque autant de délégués qualification (plus de 80) que de Comités départementaux (102). Parmi eux, Michel Minvielle, élu au CD31 et délégué de qualification des stades depuis sept ans, peut aujourd’hui, avec son expérience, repérer les points forts et faibles de chaque stade dès le premier coup d’œil : « Après les métrés, on remplit notre attestation de qualification en compagnie des représentants du club et de la mairie qui sont avec nous 90 % du temps. On leur laisse souvent de la documentation, comme les traçages officiels ou des affiches sur les objets interdits dans les stades. »
Ce jeudi de mars, dans le Tarn, Michel Minvielle forme exceptionnellement un tandem avec Patrick Raguin, délégué de qualification des stades pour le compte du Tarn-et-Garonne depuis cinq ans. Ils ont rendez-vous à Gaillac afin de qualifier cinq terrains. En plus du stade principal de l’UAG (Fédérale 1) situé à Laborie (classé B), trois autres terrains (D) avec vestiaires sont visités à Longueville quand le cinquième, aux Quintals, n’est qu’une plaine de jeu pratique quand les conditions climatiques sont difficiles.
Avec sa roue de mesure et ses bottes, Patrick Raguin arpente les pelouses, toutes en herbe ici. Il mesure, note et vérifie : « On contrôle la zone sécuritaire de 3,50 m autour de l’aire de jeu. Viennent ensuite les dimensions des terrains puis l’inspection des locaux attenants comme les vestiaires, les WC ou les tribunes avec l’accueil du public. » De son côté, Michel Minvielle, ancien président de Saint-Orens, échange avec les responsables de la mairie.

Avant d’accueillir une rencontre officielle, un stade de rugby doit répondre à une série d’exigences précises : dimensions, sécurité, équipements, éclairage ou encore qualité de…
Sécurité, qualité de l’herbe, fermeture des parties basses des mains courantes, vestiaires, accueil du public, espace à personnes à mobilité réduite (PMR), défibrillateur, coûts de travaux : tout y passe ! Alors que les élections municipales de mars vont peut-être avoir un impact sur telles ou telles installations sportives en France, à Gaillac et ses 17 000 habitants, deux responsables du service des sports œuvrent main dans la main avec les délégués en ce jour de qualification. « Notre priorité est la sécurité des utilisateurs et du public, insiste Jérôme Vidallet, responsable des services des sports et de la vie associative. Ces qualifications nous permettent aussi d’anticiper les besoins et d’ajuster les solutions en conséquence. »
Joueur et éducateur à l’UAG, Pierre Massoubre travaille aussi au service des sports de la ville. Pour lui, si les critères de qualification sont légitimes, l’enjeu est surtout de disposer d’un stade performant, capable d’accueillir tous les quinze jours près de 2 000 spectateurs. « L’objectif est aussi de pouvoir recevoir des matchs de phases finales », souligne-t-il.
Alors que la procédure touche à sa fin, le délégué Patrick Raguin salue la qualité de l’accueil : « On est souvent très bien reçus, comme ici à Gaillac, même si nos remarques peuvent entraîner des coûts pour les communes. » Ici, seule une légère réduction des en-but est suggérée pour élargir la zone de sécurité, un ajustement mineur pour des collectivités déjà contraintes par leurs budgets.
Changer un poteau de rugby peut coûter autour de 7 000 € selon les fondations, tandis que l’implantation d’un terrain synthétique se situe entre 800 000 et 1,2 million d’euros. Rénovation de la pelouse, modernisation de l’éclairage ou nouvelles infrastructures peuvent aussi permettre d’accéder à une catégorie de classement supérieure. Mais dans le contexte actuel, les collectivités restent prudentes face aux dépenses.
Pour que ces travaux débouchent sur une nouvelle qualification, une collaboration s’engage souvent en amont avec la FFR. C’est le cas en Nouvelle-Aquitaine, où un projet de stade (pelouse synthétique et éclairage LED) doit se dérouler de mai à septembre 2026. Présenté au club résident en février, le dossier a été partagé avec la FFR afin d’obtenir son avis. Objectif : atteindre à terme une classification en catégorie C, en travaillant en toute transparence pour éviter déceptions et dépenses inutiles.