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Aurélie Groizeleau : « L’arbitrage est devenu une évidence »

La Rédaction
02/03/2026
Arbitre professionnelle et agricultrice, Aurélie Groizeleau est également en charge du développement de l’arbitrage féminin à la FFR. Malgré un emploi du temps bien chargé, la référée féminine évoluant au plus haut niveau a pris le temps de se poser sur son exemple personnel dans l’arbitrage.

France Rugby

En plus d’être arbitre professionnelle, vous êtes chargée du développement de l’arbitrage féminin. En quoi consiste votre rôle ?

Aurélie Groizeleau

« Cela dépend des actualités et des interventions prévues. Je travaille notamment au sein de l’un des groupes de travail du Schéma directeur des Officiels de match consacré à l’arbitrage féminin qui se regroupe tous les quinze jours. J’encadre également des arbitres féminines évoluant en Fédérales. J’évalue leurs performances et aide à préparer des contenus de formations. »

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Pourquoi avoir accepté ce poste de chargée de développement ?

Aurélie Groizeleau

Il y a trois ans, lorsque mon statut a évolué et que je suis devenue arbitre professionnelle, la FFR m’a demandé si je pouvais transmettre mon savoir et accompagner les jeunes arbitres. Cela m’a semblé naturel. Ce rôle me permet notamment de garder un lien avec le milieu amateur. Il ne faut pas oublier que la majorité de notre rugby, et donc de l’arbitrage, c’est le dimanche. Il est important de garder ce lien fort, de ne pas oublier d’où l’on vient. Ce qui ne m’empêche pas d’être plus de deux mois par an à l’étranger pour l’arbitrage.

France Rugby

Quel est votre regard sur l’arbitrage féminin actuellement ?

Aurélie Groizeleau

Si l’on progresse en nombre de licenciées joueuses, il semble que l’on perde un peu en licenciées arbitres. On ne peut donc faire que mieux.

France Rugby

Que pensez-vous de la formation des filles arbitres dans les Académies ?

Aurélie Groizeleau

Il y a encore quelques problèmes d’accompagnement et surtout de prise en charge, qui reste bien trop faible. Dans certaines Académies, on ne dispose pas d’internats capables d’accueillir des filles. Ces soucis logistiques ne permettent pas le développement souhaité.

France Rugby

Puisque l’on est dans la formation, comment s’est passée la vôtre ?

Aurélie Groizeleau

J’avais déjà arbitré durant quatre saisons en région toulousaine, passant toutes les étapes de formation. Étant ancienne internationale, cela m’a permis de franchir des paliers plus rapidement, le tout avec un bon accompagnement. Une fois les diplômes passés, c’est le terrain qui a parlé.

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Atteindre le plus haut niveau d’arbitrage a-t-il toujours été un objectif ?

Aurélie Groizeleau

(Émue) Pas vraiment… Après avoir touché le fond en tant que joueuse (ndlr : rupture des ligaments à 18 ans. À la suite d’examens médicaux, Aurélie apprend qu’elle n’a qu’un seul rein. Les règlements de l’époque lui interdisent de poursuivre la pratique du rugby), je souhaitais uniquement retrouver les terrains et prendre du plaisir dans cette nouvelle activité. C’est en voyant mon niveau d’arbitrage s’élever naturellement et les opportunités qui s’offraient à moi que les ambitions sont venues peu à peu.

France Rugby

L’arbitrage est-il alors devenu comme une évidence ?

Aurélie Groizeleau

Cela me permettait de rester sur les terrains et de vivre de ma passion. En parallèle, j’ai poursuivi mes études de finance en Occitanie et commencé à travailler en tant que banquière, avant de revenir près de ma famille et devenir éleveuse de pigeonneaux.

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Quels ont été le regard et l’attitude des hommes à vos débuts ?

Aurélie Groizeleau

J’ai de suite arbitré des garçons et des hommes car il y avait encore peu de compétitions féminines. Je me souviens de matches de M16, M18 puis 3e Série Senior de l’époque où il y avait parfois quelques réflexions misogynes qui ne rendaient pas toujours la tâche facile. Mais qu’importe ! Qu’on soit un homme ou une femme, ce qui compte, c’est la compétence. J’espère avoir ouvert beaucoup de portes pour les autres arbitres qui ont suivi et, surtout, pour celles qui arrivent.

France Rugby

La personnalité d’une arbitre est-elle importante ?

Aurélie Groizeleau

C’est un plus si vous avez du caractère… Mais arbitrer permet aussi à beaucoup de s’affirmer. Personnellement, j’étais plutôt discrète à mes débuts. L’arbitrage m’a permis de m’exprimer plus facilement, d’avoir du leadership. Il ne faut surtout pas se justifier de cette place, de cette fonction essentielle ou s’excuser d’être là.

France Rugby

Le vivier du sport scolaire est-il crucial aujourd’hui pour aller chercher de nouvelles arbitres ?

Aurélie Groizeleau

Il y a effectivement un nombre incroyable de filles qui arbitrent en UNSS par exemple. Cela permet de gagner en expérience et en confiance dans un rugby sans pression. Si une dizaine d’entre elles seulement prenaient une licence FFR chaque année, ce serait très bien. Les passerelles afin que les diplômes de formations d’arbitres scolaires soient reconnus au sein de la FFR sont importantes.

France Rugby

Il faut donc travailler sur tous les fronts pour trouver les arbitres de demain…

Aurélie Groizeleau

On part de loin donc, en effet, qu’il s’agisse d’anciennes internationales, joueuses, jeunes, via l’UNSS ou même avec des non-initiées, il faut déjà les amener à essayer l’arbitrage. Plus une joueuse sera formée tôt à arbitrer, mieux elle connaîtra la règle et plus elle prendra goût à l’arbitrage, qui peut devenir une vraie option. Il faut donc informer et éduquer dans les écoles de rugby, tout en créant du lien fort avec les autres entités et candidates.

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Quel est le programme d’une semaine type ?

Aurélie Groizeleau

Je m’entraîne tous les jours, à raison d’une heure et demie de physique. L’analyse vidéo avant et après les matches représente au moins une journée de travail. J’ai aussi un préparateur mental, Régis Bardera, qui est aussi arbitre de basket de haut niveau. Nos échanges sont d’autant plus importants que plus on gravit les échelons de l’arbitrage, plus l’aspect mental représente la majorité de notre performance lors des matches. De l’ordre de 80  %, je dirais. En plus de maîtriser mon physique et la règle, j’essaie d’être pédagogue sur le champ. L’arbitrage doit être compris de toutes et tous. Sur et en dehors des terrains. Je travaille donc beaucoup sur ma communication. Il y a enfin le travail avec les collègues arbitres des matches où l’on est désignés afin de créer la meilleure connexion possible.

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Est-ce une plus grande consécration d’arbitrer le rugby pro en France ou celui du niveau international féminin ?

Aurélie Groizeleau

Dans la mesure où les rencontres internationales représentent peu de matches dans notre carrière, je dirais d’être arbitre de Pro D2. Ce championnat est devenu mon quotidien, sachant qu’avant moi, une seule autre femme avait arbitré à ce niveau. Le chemin est long, difficile et demande de l’engagement au quotidien. Mais faire partie des 30 arbitres pro français, c’est une réelle fierté.

France Rugby

Vous entretenez néanmoins une relation singulière avec le Tournoi des 6 Nations…

Aurélie Groizeleau

Je me suis blessée alors que j’étais sélectionnée avec l’équipe de France. Je n’ai donc jamais pu le jouer. Quand, en 2019, j’ai eu l’occasion d’y participer en tant qu’arbitre, ce fut une énorme émotion personnelle. J’avais aussi une certaine appréhension avec mon corps mais tout s’est super bien passé. J’ai pu réaliser un rêve et surtout me dire : « Ça y est, je suis passée à autre chose. » J’ai repris là où tout s’était arrêté en tant que joueuse. Ma carrière d’arbitre a alors décollé et j’ai pu vivre d’autres grands moments.

France Rugby

Vous avez arbitré moult matches prestigieux ou de grandes compétitions. Une rencontre ressort-elle du lot dans votre armoire à souvenirs ?

Aurélie Groizeleau

De nombreux matches remontent dans ma mémoire. (Une pause.) Ceux qui comptent le plus, finalement, sont ceux que j’ai pu partager avec mon entourage. Lors de la dernière Coupe du monde féminine 2025 en Angleterre, j’ai arbitré le match de poule Angleterre-Australie avec une quinzaine de membres de ma famille en tribunes. Cela ne m’était jamais arrivé d’avoir autant de proches dans le stade. C’était même la première fois que mes parents venaient me voir lors d’un match à l’étranger avec ma fille et mon conjoint. L’arbitrage, c’est un peu un sport individuel au milieu d’un sport collectif. Partager de bons moments avec ceux qui comptent n’a pas de prix. C’est incroyable de recevoir et transmettre une émotion de la sorte. C’est aussi ce qui fait que mon aventure a été si belle.

France Rugby

Quels conseils donneriez-vous à une fille qui veut se lancer dans l’arbitrage ?

Aurélie Groizeleau

Il faut avant tout aimer le rugby  ! C’est cette passion qui permet de prendre du plaisir. Joueur, entraîneur, arbitre, dirigeant ou bénévole, peu importe finalement, chacun et chacune s’y retrouve. Comme un joueur, la caractéristique physique est de plus en plus importante. Les prises de décision et la gestion du stress permettent de se développer en tant que personnalité alors que parfois, dans une équipe de rugby, certains tempéraments restent en retrait. L’arbitre est au cœur du jeu.

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