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Arbitrage : Objectif féminisation

Fédération
Si le rugby féminin ne cesse de croître, les chiffres de l’arbitrage féminin restent encore trop modestes. Pour autant, la Fédération a pris le sujet à bras-le-corps, et la fin de la saison actuelle sera marquée par des annonces et des réalisations majeures.

De la Gersoise Odette Desprats, l’une des premières internationales tricolores dans les années 1980 et pionnière de l’arbitrage du rugby en France, jusqu’à cette jeune arbitre qui va découvrir cette saison les premiers émois du coup de sifflet, la question de la représentation féminine dans le rugby, et a fortiori dans son arbitrage, demeure essentielle.

Comment se compose la population des officiels de matchs  ? Comment évolue-t-elle  ? Comment se forme-t-elle  ? Quelles sont les causes d’arrêt  ? À ces questions, des réponses ont été apportées. Après six mois de travaux et des moyens importants mobilisés, un diagnostic complet et inédit a été communiqué en décembre 2025, avec une analyse statistique approfondie, des données issues de la FFR et une enquête qualitative menée auprès de 1 500 arbitres, portant sur la situation réelle des officiels de matchs, dont l’arbitrage féminin.

Aujourd’hui, l’arbitrage français s’appuie sur 3 000 arbitres terrain, dont 202 femmes, une base sur laquelle la FFR souhaite bâtir une progression ambitieuse. Alors que 14,73 % des licenciés sont des filles ou des femmes et que 12,5 % des représentants fédéraux (RF) sont féminins, seuls 5,69 % des arbitres le sont. Un chiffre jugé insuffisant par l’institution, même si le potentiel de développement est indéniable. Autre donnée  : la fidélisation des arbitres féminines atteint 64 %, un taux qu’il est essentiel de renforcer, car il atteint 80 % pour l’ensemble des arbitres et même 91 % chez les représentantes fédérales. Enfin, indicateur clé  : parmi les 343 clubs disposant d’au moins une équipe féminine, 75 % n’ont pas encore d’arbitre féminine, autant d’opportunités pour structurer l’avenir.

Pour renforcer cette dynamique, la direction compétitions, stades et officiels de matchs entend structurer son action à travers un schéma directeur articulé autour de cinq piliers qui constituent les grandes priorités pour les prochaines années. Les objectifs sont clairs  : garantir un arbitre pour chaque match de compétition officielle, permettre à chaque club de l’Hexagone de compter au minimum un arbitre, construire un parcours de développement afin que chaque officiel soit performant, reconnu et épanoui, optimiser la présence des représentants fédéraux et renforcer leur lien avec les arbitres et, enfin, accélérer la féminisation des officiels de matchs.

Un potentiel de développement énorme

Malgré un déficit de 30 % de nouvelles licences enregistré en deux ans, signe d’une base encore perfectible, la situation ouvre de réelles perspectives. Valentin Miclot, directeur des compétitions, stades et officiels de matchs, y voit un levier de développement  : « La dynamique de forte progression observée chez les joueuses ces dernières saisons, notamment après la Coupe du monde 2025, n’a pas profité à l’arbitrage. Le nombre de filles est insuffisant et leur représentation dans les hauts niveaux trop modeste. Il est donc nécessaire de nous doter d’un plan d’actions ambitieux pour féminiser la population de nos officiels de matchs et leur permettre de s’installer durablement dans le paysage rugbystique. »

Si l’engouement pour le rugby féminin progresse, cette dynamique ne se traduit pas encore par une hausse équivalente de l’arbitrage féminin. Coordinateur national de la formation des arbitres et membre de groupes de travail dédiés au bien-être et au développement, Stéphane Guillot-Demontoux souligne que « la qualité de l’accompagnement s’est améliorée, sans effet immédiat sur les volumes. Les freins identifiés sont les mêmes pour tous les publics ; l’enjeu réside désormais dans la capacité à élargir la base pour créer un véritable effet de masse ».

Dans ce contexte, la féminisation de la pratique s’impose comme une priorité fédérale. Pour Valentin Miclot, il s’agit d’un engagement fort et durable  : « Permettre aux filles et aux femmes de prendre toujours plus de place dans le rugby, un sport auquel elles ont beaucoup à apporter, sur le terrain comme dans l’arbitrage. »

Cédric Marchat, ancien arbitre d’élite et aujourd’hui responsable du secteur fédéral des officiels de matchs, abonde dans le même sens  : « Profitons-en en ciblant bien les priorités et les actions, notamment le recrutement et le développement. » Et cela passe par une communication renforcée  : « On doit valoriser et mettre en lumière les parcours de carrière et les bienfaits personnels d’une telle fonction. De nombreux arbitres évoluent à des niveaux qu’ils n’auraient jamais atteints en tant que joueurs. L’ascenseur social y est fort et rien n’est impossible. »

C’est lors du prochain Congrès annuel de la FFR à Brest, du 30 juin au 4 juillet 2026, que ce schéma directeur sera présenté et adopté pour les cinq prochaines années, avec de nouvelles actions à la clé. Une étape majeure pour l’arbitrage féminin. En attendant la mise en œuvre de ce schéma et ses effets, « le système actuel permet déjà de former des officielles de matchs très compétentes, voire d’excellence, souligne Valentin Miclot, et de produire des actions très valorisantes », comme Rugby Mag le dévoilera dans son dossier du mois.

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La Rédaction

27/02/2026