
Arbitrage : Le plaquage plus bas
Bonne nouvelle pour la santé et l’intégrité des joueurs ; l’application d’un plaquage abaissé au niveau du sternum sera effective à l’été 2026 pour toutes les compétitions amateurs de rugby dans le monde. De quoi réjouir la FFR, qui faisait partie des onze fédérations mondiales à œuvrer pour cet abaissement. Les résultats des expérimentations mises en place ont en effet convaincu World Rugby de sauter le pas. Si la France a adopté une ligne de plaquage au niveau de la taille depuis la saison 2019-2020 pour toutes ses compétitions amateurs jusqu’en Fédérale 2, World Rugby autorise désormais l’application d’une zone plus basse pour les fédérations le souhaitant.
Une avance tricolore sur les directives mondiales grâce à un travail novateur réalisé très tôt, comme le révèle Philippe Marguin, ancien manager de la formation des arbitres, devenu cette année chargé de mission bénévole de la FFR : « Pour la mise en place de cette règle du jeu avec Didier Retière (ancien DTN de la FFR, ndlr), nous avions réalisé des analyses très précises, avec une attention particulière sur le nombre de contacts tête contre tête dans un match avec cet abaissement. Nous avons été positivement surpris. »
Philippe Marguin aborde une étude menée entre 2018 et 2020 sur 32 matches de Fédérale 2 scrutés à la vidéo. Et un chiffre phare en est ressorti grâce à cette règle : les experts ont noté une baisse de 60 % des chocs à la tête, accompagnée logiquement d’une baisse des commotions cérébrales. Le chargé de mission s’appuie aussi sur le travail réalisé par la cellule de recherche fédérale, notamment par Julien Piscione, responsable du département des sciences du sport et de la performance de la FFR et désormais président du groupe de travail au niveau de World Rugby sur le domaine médical.
Le responsable a effectué des recherches très importantes sur l’accidentologie en analysant toutes les déclarations d’accident qui étaient faites. Philippe Marguin constate : « En comparant les différentes divisions et les niveaux de pratique, il s’est rendu compte qu’il y avait moitié moins de contacts tête contre tête, moitié moins de blessures au niveau du rachis cervical dans les catégories où la hauteur du plaquage était au niveau de la taille. »
Ce plaquage à la taille s’est accompagné de l’interdiction de plaquer à deux simultanément, de saisir le porteur du ballon au-dessus de la ligne des épaules, avec un blocage debout proscrit et un porteur du ballon interdit de projeter son buste vers l’avant au moment du plaquage, pour éviter justement les contacts tête contre tête. Philippe Marguin se réjouit aussi d’une réussite technique après enquête auprès de clubs : « Les éducateurs ont rapidement travaillé techniquement ce plaquage plus bas, en apportant plus de sécurité sur ce geste technique. Jusqu’en deuxième division fédérale, nous n’avons pratiquement plus de retours négatifs. Six ans, c’est encore court à l’échelle de l’apprentissage pour que tout soit parfait et pour former plusieurs générations. Cela va prendre encore du temps, mais nous sommes satisfaits de cette décision de World Rugby. » Alors la question se pose : pourquoi, face à de tels résultats, World Rugby n’a pas mis tout cela en place plus tôt (il a même été un temps évoqué de mettre en place cette mesure dans le monde professionnel) ?
Deux explications principales sont avancées. La première est une expérience ratée en Angleterre qui a grandement dissuadé World Rugby et fait perdre du temps, comme le relate Philippe Marguin : « J’ai travaillé sur la règle quand j’étais en poste à la Fédération pour la mise en place au niveau du rugby amateur. J’ai fait des réunions à Londres ou encore Amsterdam pour présenter notre travail à d’autres fédérations. »
L’Angleterre décide de les suivre et teste directement la ligne de plaquage « à la taille sans passer par le sternum,reprend le chargé de mission. Elle met surtout cette expérimentation en place du jour au lendemain, sans former les joueurs, sans traiter l’attitude du porteur du ballon. Ce qui fait que le plaqueur s’est baissé pour plaquer, mais le porteur, voyant que le plaquage se baissait, l’a fait également… Nous nous sommes retrouvés avec de nombreux contacts tête contre tête, c’était un tollé. »
Mathieu Raynal, ancien arbitre international et aujourd’hui responsable de la cellule de haute performance de l’arbitrage mise en place par la FFR, apporte un éclairage sur la seconde raison : « Ça s’explique par un différentiel culturel, avec des enjeux de sécurité du joueur au second plan dans certaines fédérations. Il y a des pratiques et des intérêts différents. Mettre tout le monde autour de la table pour trouver des consensus, c’est parfois compliqué. Le plus important c’est que les études soient menées pour prouver la nécessité d’améliorer la sécurité des joueurs. »
Alors, cette annonce forte de World Rugby aujourd’hui est-elle le signe d’une influence en hausse pour la FFR dans les sphères de décision internationales ? Mathieu Raynal, qui prendra prochainement part à l’importante et désormais annuelle conférence internationale « Shape of the Game » sur les orientations du jeu à venir, a un ressenti positif : « Dans ces réunions internationales, nous nous sentons écoutés, nous faisons en sorte aussi de l’être en étant systématiquement présents partout. C’est un véritable souhait de Florian Grill et c’est notre travail au quotidien. »
Le responsable de la cellule de haute performance de l’arbitrage évoque aussi les nombreuses expérimentations menées sur les terrains de l’élite du rugby français, abondées de données et fournies à World Rugby. « Nous sommes force de proposition en utilisant le Top 14 et la Pro D2 pour expérimenter, pour pousser World rugby à observer, peser sur l’orientation du jeu au niveau mondial. »
Il poursuit avec, en toile de fond, la protection du joueur : « Nos orientations à la FFR sont motivées par l’intérêt général de notre sport, avec la volonté d’être précurseurs, de proposer des choses et de s’opposer à ce que l’on juge dangereux pour l’évolution du rugby. » Petit à petit, le cheminement d’un sport plus sécurisé se fait dans le monde du rugby. Et cette prise de conscience à l’échelle mondiale de l’importance de l’abaissement du plaquage est certainement le premier pas des nombreux à venir pour garantir la sécurité et l’intégrité des joueurs.
