Créée en 2023 par l’ancienne internationale Lénaïg Corson, la Rugby Girl Academy s’est donné pour mission de démontrer que le rugby féminin continue de séduire un public toujours plus large, y compris dans les quartiers populaires d’Île-de-France, un territoire historiquement dominé par le football. À l’origine de ce tournoi éducatif du jour se trouvent plusieurs constats dressés par l’ancienne 2e ligne des Bleues, notamment concernant l’accès au sport et les opportunités offertes aux jeunes filles des quartiers populaires.
Pour Lénaïg Corson, l’enjeu est simple : « C’est de permettre à des jeunes filles, qui pour beaucoup n’ont pas l’occasion de partir en week-end ou en vacances, de s’investir dans une activité sportive. Nous voulons créer un programme favorisant leur épanouissement personnel et révélant leur potentiel, sur le terrain comme en dehors. Notre ambition est aussi de les accompagner dans leur réussite scolaire et de leur ouvrir des réseaux auxquels leurs familles n’ont pas toujours accès. Et les défis sont nombreux. »
Pour faire vivre cette journée, une cinquantaine de bénévoles se sont mobilisés afin d’organiser ce rassemblement réunissant une centaine de joueuses, principalement issues des collèges et lycées des Ulis. « Voir autant de monde et autant de sourires est une véritable satisfaction, se réjouit l’ancienne internationale française. Nous pouvons compter sur le soutien des collectivités ainsi que de nombreux partenaires. Cela montre que ce projet dépasse largement le cadre de la Rugby Girl Academy. C’est une aventure collective, construite à plusieurs. »
Pour nombre de participantes, cette journée revêt une dimension particulière. Certaines disputent en effet le tout premier match de rugby de leur vie. Et bien plus encore. En ce mercredi après-midi, la performance sportive n’est pas le seul critère pris en compte pour désigner l’équipe victorieuse parmi les dix formations engagées. Si chaque succès sur le terrain rapporte cinq points, un nombre équivalent peut également être obtenu grâce à la participation à différents ateliers installés autour des terrains.
Parmi les stands présents aux Ulis, celui du Centre de recherche en soin et en prévention (Cresp) occupe une place importante. Rattachée à l’hôpital Manhès de Fleury-Mérogis, cette structure mène tout au long de l’année des actions de prévention et d’éducation à la santé. Ce mercredi, son stand est installé à quelques mètres seulement des lignes de touche du stade Jean-Marc Salinier. « Notre atelier repose sur l’échange et le dialogue », explique Mathilde Delanote, diététicienne-nutritionniste au Cresp.
Elle évoque les points à distribuer : « Il y en a 5, ce qui nous permet de poser cinq questions aux participantes autour des thématiques du Plan national nutrition santé. L’objectif est de parler d’alimentation de manière simple et accessible. » Ces échanges constituent également une source d’information précieuse pour les équipes du Cresp. Ils leur permettent d’identifier les interrogations récurrentes des jeunes participantes et de mieux comprendre les sources auxquelles elles se réfèrent en matière de nutrition.
Les observations réalisées sur le terrain soulignent l’importance du travail de sensibilisation à mener, aussi bien auprès des adolescentes que de leurs familles. « Au cours de nos interventions, nous avons rencontré des personnes qui pensaient que les lettres du Nutri-Score correspondaient aux vitamines contenues dans les produits alimentaires, raconte Alexis Galli, chercheur au Cresp. Nous avons également découvert qu’un parent ajoutait régulièrement du soda dans le biberon de son enfant. Ces situations montrent à quel point les besoins en information et en prévention restent importants. »
Quelques mètres plus loin, à droite du stand dédié à la nutrition, un autre atelier aborde une thématique tout aussi essentielle : l’orientation et l’insertion professionnelle. Animé par trois étudiantes de l’école d’ingénieurs CentraleSupélec, ce stand vise à sensibiliser les participantes aux inégalités de genre encore présentes dans les filières scientifiques et techniques. Car malgré une progression constante, les femmes demeurent sous-représentées dans les métiers de l’ingénierie.
Selon la 34e enquête de l’Observatoire des ingénieurs et scientifiques de France, les femmes ne représentent aujourd’hui que 24 % des ingénieurs en activité. Pour transmettre ce message de manière ludique, les étudiantes ont imaginé un jeu inspiré de l’émission télévisée Money Drop. « Les participantes misent des jetons sur différentes réponses. Lorsqu’elles se trompent, elles perdent les jetons engagés », explique Mathilde Sambain, étudiante en cursus ingénieur à CentraleSupélec.
Les questions portent sur les études, les missions exercées par les ingénieurs ou encore les chiffres qui illustrent la faible représentation des femmes dans ces métiers.« Notre objectif est de leur montrer que, malgré les inégalités observées, les filles ont les mêmes capacités que les garçons en mathématiques et en sciences, et qu’elles ont toute leur place dans ces carrières », reprend l’étudiante. Une première étape dans le dialogue pour le choix d’études de ces jeunes filles qui peut semer quelques graines pour plus tard, et créer des vocations à contre-courant des stéréotypes.
Un espace consacré à la santé féminine est également proposé par la Ligue contre le cancer de l’Essonne. L’objectif est ainsi de permettre aux participantes de mieux comprendre les enjeux de prévention et d’adopter les bons réflexes pour préserver leur santé au quotidien. Les échanges portent sur différentes thématiques, allant de la lutte contre certains cancers à la prévention des infections liées aux papillomavirus humains (HPV).
Pour rendre ces sujets accessibles et attractifs, l’association a choisi un format ludique, un jeu de l’oie spécialement conçu pour sensibiliser les jeunes filles tout au long de leur parcours. Cette [JM1] thématique s’inscrit dans le champ de la santé sexuelle. Une couverture vaccinale généralisée permettrait d’éviter un grand nombre de cancers liés à ces virus. On y parle également de tabac, mais aussi de ses substituts comme les puffs, particulièrement répandues chez les adolescents, de la consommation d’alcool ou encore du temps passé devant les écrans.
Présente lors de cette journée dans l’Essonne, Catherine Donnadieu, dermatologue bénévole, profite également de cette journée pour sensibiliser les participantes aux dangers de l’exposition au soleil. À l’approche de l’été, elle rappelle l’importance d’adopter les bons réflexes face aux rayons ultraviolets, responsables chaque année de nombreux cancers de la peau.
Au-delà du rugby, c’est un véritable projet éducatif et d’émancipation qui se construit progressivement autour de ces jeunes filles. Une aventure collective dont les premiers pas laissent déjà entrevoir un fort potentiel de développement.