Le poids de la culture rugby varie fortement d’un territoire à l’autre. Dans certains bassins de vie, villes ou villages où le rugby est profondément ancré, la fidélisation des jeunes lors de leur réaffiliation est naturellement plus élevée. Les résultats sportifs jouent également un rôle déterminant : un club performant attire davantage, tout comme une structure reconnue pour ses valeurs et son ambiance. Les chiffres illustrent ces disparités, avec un taux de renouvellement des licences proche de 68 % en milieu rural, contre environ 62 % dans les grands centres urbains, où la concurrence des activités est plus forte. Le contexte socio-économique local constitue lui aussi un facteur essentiel pour adapter l’offre de pratique.
Les habitudes sportives évoluent également selon les territoires et les générations. D’après l’Eurobaromètre 2024, 79 % des 15-24 ans en France se déclarent sportifs réguliers. Pourtant, pour cette même tranche d’âge, la pratique licenciée, tous sports confondus, serait près de quatre fois moins importante. Un constat qui souligne l’écart croissant entre l’envie de pratiquer une activité physique et l’engagement durable au sein d’un club.
« C’est un enjeu fort de la FFR, souligne Nathalie Janvier, vice-présidente déléguée à l’attractivité et à la fidélisation des jeunes. Les quartiers prioritaires de la ville mais aussi les zones de revitalisation rurale doivent nous permettre de développer notre activité. Nous savons qu’au-delà de vingt minutes de trajet vers un club, la fidélisation devient plus difficile. Si l’on devait schématiser, il faut renforcer notre attractivité dans la moitié nord du pays et consolider notre fidélisation dans le Sud. L’objectif est clair : conquérir de nouveaux pratiquants tout en conservant ceux qui nous rejoignent, en adaptant nos actions aux réalités de chaque territoire. »
L’attractivité et la fidélisation des jeunes ne dépendent pas uniquement de l’action des clubs. Elles sont aussi influencées par des facteurs extérieurs tels que la démographie, le niveau de vie des territoires ou encore l’impact des grands événements internationaux. Une Coupe du monde de rugby, par exemple, ne produit pas les mêmes effets partout. Certains départements, à l’image de la Haute-Garonne ou de la Gironde, demeurent de véritables locomotives en matière de licenciés, tandis que d’autres doivent composer avec des réalités plus complexes.
Cette diversité des situations est particulièrement visible en Nouvelle-Aquitaine, première terre de rugby en France. Damien Ressiguié, directeur technique de Ligue et référent du dossier aux côtés de Nathalie Janvier, en mesure toute la richesse mais aussi les contrastes. « C’est un territoire historique et varié du rugby. On mélange des clubs à la culture forte, d’autres où l’accès à la pratique est facilité et des bassins très dynamiques comme autour de La Rochelle ou d’Angoulême. À l’inverse, certaines zones peuvent rencontrer des difficultés. Dans l’agglomération bordelaise, par exemple, les espaces de pratique atteignent parfois leurs limites, tandis que dans les territoires plus ruraux, la baisse démographique se traduit parfois par la fermeture de classes. »
Face à ces enjeux, le rugby joue souvent un rôle qui dépasse le simple cadre sportif. Pour de nombreux jeunes, il constitue un vecteur d’intégration et un repère lorsqu’ils changent de région ou de cadre de vie. Pousser la porte d’un club, c’est retrouver des valeurs partagées, un langage commun et la possibilité de tisser rapidement de nouveaux liens. Une dimension particulièrement importante dans les territoires ultramarins ou pour les familles en mobilité.
C’est l’expérience vécue par Julien Donz, 15 ans, licencié au RC Saint-Pierre et Sud à La Réunion et pensionnaire du CREPS. Originaire du Sud-Ouest, il ne savait pas à quoi s’attendre en découvrant un territoire moins identifié pour son rugby. « J’ai été agréablement surpris par la quantité de pratiquants, le niveau de jeu et la qualité de la formation proposée par les clubs et le CREPS. Cela m’a permis de progresser dans mon jeu. » Des témoignages qui confortent la volonté de la FFR de poursuivre le maillage du territoire et de renforcer la structuration des équipes de jeunes, afin d’améliorer encore l’attractivité et la fidélisation des nouvelles générations.
Le niveau d’engagement dans la pratique influence également la fidélisation. Chez les M16, les jeunes évoluant en compétition renouvellent leur licence dans 70,4 % des cas, contre 62,8 % pour ceux pratiquant uniquement en loisir. Une différence qui confirme l’impact du cadre compétitif sur l’attachement au club et à la discipline.
Source : étude fidélisation et attractivité des jeunes de 2025 pour le compte de la FFR