Remettre les fondamentaux au premier plan, intégrer les évolutions du règlement et retrouver les bons réflexes avant de reprendre le sifflet étaient les enjeux de ce rassemblement qui a réuni 70 « stagiaires » issus de quatre ligues : Île-de-France, Hauts-de-France, Bourgogne-Franche-Comté et Grand Est. Trois formateurs de Ligues ont, eux, eu la charge d’animer les différentes interventions : Damien Serouart (Ligue Hauts-de-France), Jean Kirsch (Ligue Grand Est) et Damien Dauvissat (Ligue Bourgogne-Franche-Comté).
Car chaque rentrée impose son lot de rappels et d’ajustements, avec parfois de nouvelles habitudes à prendre… ou de vieilles à abandonner. « Nous avons par exemple reçu de nouvelles instructions concernant les mauls, présente Stéphane Guillot-Demontoux, coordinateur de la formation nationale des officiels de matchs du secteur fédéral, mais également sur les prises de décision quand un ballon est rendu mort dans l’en-but dans certaines situations. Ce sont des exemples d’automatismes à changer dès le début de la saison et qu’il faut communiquer. »
Après une première matinée consacrée au programme du week-end, les quelque 70 stagiaires ont rapidement retrouvé le terrain. Répartis en trois groupes, ils ont enchaîné trois ateliers de mise en situation autour du plaquage, du maul et du ruck, avant le traditionnel test physique, réussi par tous les concernés. Trois thèmes choisis pour répondre aux enjeux de la saison : la prise de décision autour du porteur de balle, à la demande de la DTN, le maul pour s’aligner sur les orientations de World Rugby et le ruck, sujet de travail récurrent la saison passée. Les formateurs ont pu s’appuyer sur l’expérience de Jérôme Lamanda et Vincent Boirie-Grillot, respectivement conseiller technique de clubs et conseiller technique de Ligue en Île-de-France.
Le maul a notamment retenu l’attention au cours des exercices proposés. Les joueurs qui se retrouvent dans le camp adverse en dépassant le ballon, donc « inactifs », pourront être pénalisés si leur position de lutte n’est pas jugée crédible pour gagner de l’espace. Un nouveau point de vigilance pour les arbitres, qui devront notamment observer l’orientation des épaules, lesquelles doivent être dirigées vers l’en-but adverse. Jérôme Lamanda explique : « Nous leur apportons des repères visuels pour arbitrer le mieux possible les situations de jeu à risque et qui posent régulièrement problème dans le rugby, notamment dans le maul. Nous travaillons sur des situations qu’un entraîneur pourrait être amené à demander à ses joueurs, en attaque comme en défense, pour provoquer la faute. Cela amène des discussions constructives pour avoir de moins en moins de différenciation dans les arbitrages. »
L’objectif de ces ateliers est finalement de parler le même langage. Car entre ce que le joueur tente, ce que l’entraîneur lui demande et ce que l’arbitre doit sanctionner, quelques centimètres ou une mauvaise orientation peuvent parfois tout changer. Mais l’enjeu de ces ateliers ne se résume pas à réciter une règle ou à mémoriser une nouvelle directive. Il faut la confronter au mouvement, à la vitesse et aux réactions des joueurs.
Bref, la remettre dans les conditions du match. « L’idée des ateliers, c’est faire revivre des situations de jeu,détaille Damien Dauvissat, conseiller technique de l’arbitrage de la Ligue Bourgogne-Franche-Comté. Pour éviter les blessures, tout se fait en faible course. Un stagiaire va être en situation d’arbitrer une séquence établie sous forme de scénario. » Et derrière chaque atelier, une question essentielle : comment faire en sorte que joueurs, techniciens et arbitres aient la même lecture d’une situation ? Un dialogue doit ainsi s’installer autour de trois priorités : garantir la sécurité, s’assurer que les luttes restent équitables et permettre au jeu de rester aussi fluide que possible.
Le dimanche a été consacré à la mise en ordre des informations abordées la veille. La journée s’est articulée autour de quatre temps, dont les deux premiers ont permis de revenir sur les nouvelles directives et les amendements applicables cette saison en Fédérale 2 et 3. Parmi les principaux sujets : l’évolution du protocole concernant le représentant fédéral et son rôle auprès de l’arbitre central, notamment en matière de brutalités non perçues par le corps arbitral.
Cette évolution modifie sensiblement son champ d’intervention. Jusqu’ici, lorsqu’une infraction n’avait pas été vue pendant le match, le représentant fédéral ne pouvait la signaler qu’après le coup de sifflet final. Désormais, il pourra intervenir en direct dans certaines situations. « Il aura le droit d’intervenir sur le terrain en match pour des cas établis, précise Stéphane Guillot-Demontoux. Nous avons travaillé avec les arbitres sur les situations face auxquelles le référent interviendra et celles où il n’interviendra pas pendant le match. » L’enjeu est donc de donner à chacun des repères clairs pour que ces nouvelles dispositions deviennent rapidement des automatismes.
Le dernier temps fort du week-end était consacré aux évolutions concernant les arbitres assistants. Leur positionnement évolue lui aussi, comme le précise Damien Dauvissat : « Jusqu’ici, l’arbitre assistant à l’opposé d’une touche devait aller placer la défense à 10 mètres et rester sur la ligne de défense. Nous lui demandons maintenant d’aller placer la défense et de revenir sur la ligne de remise en jeu. » Une modification qui, là encore, nécessite quelques ajustements avant de devenir un réflexe.
Pour passer de la théorie au réflexe, une dizaine de vidéos viennent illustrer ces évolutions et permettre aux arbitres de se confronter à des situations concrètes. Un dernier travail collectif avant de reprendre la route des Ligues, avec, dans les bagages, les nouvelles consignes mais aussi les repères nécessaires pour les appliquer dès les premières rencontres. « Le week-end aura finalement été à l’image d’une rentrée arbitrale : un peu de révisions, quelques nouveautés, beaucoup d’échanges et, surtout, l’envie de repartir avec les bons réflexes. Le sifflet peut désormais reprendre du service. »