Pour mieux se projeter, encore faut-il savoir d’où l’on part. Forte du succès rencontré depuis près de six ans, la feuille de match dématérialisée a naturellement ouvert la voie à son extension vers les écoles de rugby, un projet lancé en janvier 2025. Première étape clé : la rédaction du cahier des charges, nourrie par un important travail de recueil des besoins, avant la sélection du prestataire Sogeti pour en assurer le développement.
À partir d’avril 2025, un travail étroit s’engage alors entre cette société et les services de la FFR. Enjeux métiers, attentes des utilisateurs et contraintes techniques sont passés au crible lors de nombreux ateliers destinés à affiner le projet. À la manœuvre, Marc Gueguen, chef de projet applicatif au sein du service informatique de la FFR, pilote le déploiement de la feuille de match dématérialisée dédiée aux écoles de rugby. D’autant plus opportun en l’espèce que ce dernier a été éducateur de jeunes en club.
En habitué, il soulève rapidement ce qui peut être une première contrainte : « Pour les feuilles de match classiques, ce sont deux équipes qui se rencontrent sur un terrain, soit un match. La spécificité de la feuille de match dématérialisée pour les écoles de rugby veut qu’à travers un plateau, plusieurs clubs se rejoignent sur un terrain, voire plusieurs, souvent avec des triangulaires ou quadrangulaires de rencontres. »
Et comme ces plateaux se déroulent essentiellement les samedis ou les week-ends, tout le monde se connecte presque en même temps : « L’information ne peut donc pas être lissée sur une semaine, rappelle-t-il. Forcément, la quantité des données et leur traitement de masse diffèrent de la feuille de match classique. » Côté technologie, le choix retenu a permis d’éviter le développement distinct d’applications pour Android et iOS, tout en garantissant une utilisation fluide sur smartphone, tablette comme sur ordinateur portable.
Au terme de six mois de développement, l’application de feuille de match dématérialisée pour les écoles de rugby a été lancée en octobre 2025. Elle a ensuite été testée en conditions réelles durant deux mois, de novembre à décembre, au sein de la ligue Sud PACA. Sur près de 120 plateaux, les utilisateurs ont expérimenté l’outil, l’ont renseigné puis évalué, avec des retours constructifs pour en affiner le fonctionnement.
Dans la continuité de ce déploiement, la FFR a structuré son accompagnement. Comme le rappelle Florence Achard, « deux référents FDM EDR ont été désignés dans chacune des 13 Ligues, ainsi que dans les territoires d’Outre-mer. » En janvier, l’ensemble de ces acteurs s’est réuni en présentiel au Centre national de rugby, aux côtés des équipes de la FFR et des Ligues régionales, pour coordonner la mise en œuvre à grande échelle.
Dans la continuité du déploiement, les Ligues ont d’abord formé les référents EDR départementaux via les Comités départementaux. Un relais en cascade s’est ensuite mis en place : chaque référent a accompagné les responsables d’école de rugby, eux-mêmes chargés de former les responsables de sections ou de plateaux – certains ayant également suivi directement des sessions en visioconférence.
En février, cette dynamique s’est prolongée avec un webinaire de plus d’une heure. Acteur clé du projet, Pierre Leroy, directeur technique de la Ligue Sud PACA, y a présenté la structuration du dispositif, articulé autour d’un premier lot opérationnel et d’évolutions à venir. L’occasion aussi de mettre en lumière les nombreux atouts de cette première version.
Le premier objectif est clair : tourner la page du papier pour s’inscrire pleinement dans les usages actuels. Surtout, il s’agit d’alléger concrètement les tâches administratives des bénévoles et encadrants, en simplifiant toutes les démarches avant, pendant et après les plateaux. En résumé, faire gagner du temps et de la fluidité à ceux qui s’engagent au quotidien auprès des jeunes pratiquants. Pour Florence Achard, « il était essentiel de faciliter la gestion administrative des bénévoles sans oublier les Ligues et Comités départementaux qui centralisent et exploitent ensuite ces données » .
L’autre avancée majeure concerne la sécurité, désormais renforcée à tous les niveaux. Chaque participant, adulte comme mineur, est identifié sur la feuille de match grâce à des données directement importées depuis Oval-e, assurant un suivi fiable des pratiquants et des rencontres. Ce cadre garantit que tous évoluent avec une licence valide, les assurances associées et les qualifications requises. En cas de blessure, notamment de commotion, les informations peuvent être immédiatement renseignées et suivies, permettant une prise en charge plus rigoureuse.
Dans cette logique de protection, le respect des temps de récupération est également facilité : un enfant ayant participé à une rencontre ne peut plus rejouer dans les 72 heures. Parallèlement, l’outil ouvre la voie à une meilleure connaissance de la pratique grâce à des données précieuses : nombre de plateaux, lieux, pratiquants, joueuses ou encore blessures. Autant d’indicateurs utiles pour accompagner, comprendre et faire évoluer le rugby chez les plus jeunes.
Si la navigation se veut déjà fluide et intuitive, de la pré-sélection des effectifs à la feuille de résultats accessible en quelques clics, le projet continue d’évoluer. Les premiers usages ont naturellement ouvert la voie à des retours concrets, synonymes d’ajustements et d’améliorations. Dans cette optique, des réunions sont organisées toutes les deux semaines entre les référents des Ligues et les équipes en charge du projet à Marcoussis, afin d’affiner l’outil au plus près des besoins.
Les premiers signaux sont d’ailleurs encourageants. « On est très contents de ce projet, qui est simple et correspond bien aux attentes des bénévoles », souligne Marc Gueguen. Si les retours initiaux confirment la pertinence des choix effectués, l’objectif est désormais d’accompagner la montée en puissance de l’outil et d’enrichir encore l’expérience à mesure de son utilisation à grande échelle.
Cette dynamique se poursuivra dans les prochains mois avec l’arrivée d’un « lot 2 », destiné à faciliter encore davantage l’organisation sportive des plateaux, avec plus de précision et de souplesse. À terme, d’autres formes de pratique, rugby loisir, avec ou sans plaquage, ou encore rugby à 7 seront également intégrées. Une évolution progressive qui s’inscrit pleinement dans la transformation digitale de la Fédération et vise à simplifier durablement la gestion de l’activité rugby sur l’ensemble du territoire.