

Un terrain, une salle, quelques bénévoles et surtout l’envie de se lancer. À Saint-Pol-sur-Mer, le Rugby Club Flandre Littoral Nord a démontré que l’organisation d’un Du Stade Vers l’Emploi (DSVE) était à la portée d’un club dès lors que les différents acteurs du territoire avancent ensemble.
Le principe du dispositif tient en une idée forte : casser les codes traditionnels du recrutement. Ici, pas de CV pour commencer, ni de candidat assis face à un recruteur. La rencontre débute sur le terrain.
Les participants ont été répartis en plusieurs équipes dans l’anonymat le plus complet, mêlant recruteurs et demandeurs d’emploi sans que personne ne connaisse le statut de l’autre. Ensemble, ils ont participé à différents ateliers sportifs imaginés et animés par les éducateurs du club. L’objectif n’est pas la performance, mais de faire émerger des qualités qui se révèlent parfois difficilement lors d’un entretien classique : écoute, solidarité, capacité d’adaptation, esprit d’équipe ou prise d’initiative.
Après l’effort, un déjeuner partagé permet de prolonger les premiers échanges. Ce n’est que dans l’après-midi que l’anonymat est levé. Recruteurs et candidats se retrouvent alors pour des entretiens, mais avec une différence de taille : ils ont déjà vécu une partie de la journée ensemble.
Derrière cette journée qui bouscule les habitudes du recrutement se cache pourtant une organisation relativement simple. « La première démarche est de contacter sa municipalité pour savoir si elle souhaite accompagner le projet et peut mettre les installations à disposition, explique Romuald Savreux, co-président du Rugby Club Flandre Littoral Nord. Il faut bien sûr un complexe sportif, mais aussi une salle pour assurer l’accueil du matin, partager le repas puis organiser les entretiens avec les entreprises l’après-midi. »
Une fois les infrastructures trouvées, le club n’est pas seul pour construire son événement. France Travail accompagne la démarche et le réseau fédéral peut également apporter son expertise.
Pour Sandrine Lemaire, directrice de l’agence France Travail de Grande-Synthe, la mécanique est même « d’une simplicité déconcertante. Cela demande évidemment du travail, mais l’essentiel est d’avoir un club qui souhaite s’engager. Ici, le club de rugby a contacté la ville et la dynamique s’est mise en place. Il y a quelques démarches administratives, mais les clubs sont déjà habitués à ce type de procédures. »
Le dispositif permet ainsi de s’appuyer sur les compétences de chacun : le club pour le terrain et l’animation sportive, France Travail pour mobiliser candidats et recruteurs, la collectivité pour les infrastructures et les acteurs fédéraux pour accompagner l’organisation.
À Saint-Pol-sur-Mer, la Ligue régionale des Hauts-de-France est ainsi venue renforcer le dispositif. Une aide qui permet notamment de ne pas faire peser toute l’organisation sur les épaules des bénévoles du club. « La Ligue accompagne le club dans l’organisation et met ses cadres techniques à disposition. Nous avons également mobilisé de jeunes stagiaires pour venir en renfort, souligne Claude Codron, président de la Ligue Hauts-de-France de Rugby. Nous faisons le maximum pour faciliter l’organisation. Avec quelques bénévoles mobilisés au sein du club, cela suffit pour faire fonctionner la journée. »
C’est aussi tout l’intérêt du dispositif : chaque partenaire apporte une partie des moyens nécessaires et permet au club de se concentrer sur ce qu’il sait faire. Accueillir, créer du lien et utiliser le rugby comme un outil de rencontre.
Pour les clubs qui hésiteraient encore à franchir le pas, l’expérience menée dans le Nord montre ainsi qu’il n’est pas nécessaire de disposer d’une organisation démesurée. Une collectivité prête à ouvrir ses installations, quelques bénévoles, l’appui de France Travail et celui de la Ligue permettent déjà de poser les bases.
Car derrière la simplicité du dispositif se joue un enjeu plus large. Du Stade Vers l’Emploi donne aussi aux clubs l’occasion d’affirmer leur place dans leur territoire et de valoriser des actions qui dépassent largement le cadre de la compétition. « L’objectif est aussi de montrer tout ce que les clubs réalisent aujourd’hui en matière d’inclusion et de leur donner une visibilité qui ne repose pas uniquement sur leurs résultats sportifs », insiste Sandrine Lemaire.
Un message qui prend une dimension particulière pour le Rugby Club Flandre Littoral Nord, implanté dans un quartier prioritaire de la politique de la ville et au cœur d’un territoire marqué par l’activité portuaire et industrielle. « Au-delà de notre rôle sportif, nous avons un rôle sociétal à jouer, rappelle Romuald Savreux. Il faut casser les codes et les préjugés. On entend encore que le rugby serait uniquement un sport d’hommes : c’est faux. C’est la même chose pour l’industrie. Parce que nous sommes dans un bassin portuaire et industriel, ce type de projet permet aussi de montrer que ces métiers ne sont pas réservés aux hommes. »
Casser les préjugés sur le terrain pour mieux les dépasser dans le monde professionnel : c’est finalement toute la philosophie de Du Stade Vers l’Emploi. Et à Saint-Pol-sur-Mer, la démonstration est aussi organisationnelle : pour un club qui souhaite s’engager sur son territoire, passer du stade vers l’emploi peut commencer très simplement.
LES 3 POINTS À RETENIR