La canicule, la hausse progressive des températures, le manque d’eau et les incendies qui en découlent ont fortement marqué l’Hexagone la saison dernière. Un contexte qui n’a pas été sans conséquence pour les infrastructures sportives, et notamment pour les terrains de rugby.
Les images de pelouses brunies, roussies, asséchées, voire totalement dépourvues d’herbe se sont multipliées. Les surfaces de jeu et donc les zones de plaquage ont particulièrement souffert au cours de l’été. Au-delà des difficultés d’organisation rencontrées pour adapter la programmation des matchs aux fortes chaleurs et éviter d’exposer les joueurs à des températures excessives, la préservation des terrains s’impose désormais comme un enjeu majeur pour les clubs. Un enjeu qui concerne autant la continuité de la pratique que la capacité à accueillir et fidéliser de nouveaux pratiquants.
La qualité des infrastructures constitue en effet un élément essentiel de l’expérience sportive et de l’attractivité des clubs. À la direction des Compétitions, stades et officiels de matchs, Baptiste Berthou, chargé des stades au sein du département Compétitions et Stades, est au cœur de cette démarche, en lien permanent avec les clubs et les réalités rencontrées sur le terrain. « Ce qui a été notoire la saison dernière, c’est le nombre de clubs de rugby impactés par la dégradation de leurs terrains à la suite des canicules et des restrictions d’eau dans toute la France. Il y a eu plusieurs canicules et elles n’ont pas touché uniquement des régions du sud du pays. Certaines pelouses étaient fortement dégradées, cramées, quand il y avait parfois même une absence d’herbe. »
Dans l’ensemble, deux problématiques majeures permettent d’expliquer la dégradation des rectangles verts : le manque d’eau, qu’il soit lié aux conditions naturelles ou aux interdictions d’arrosage, et une irrigation insuffisante ou inadaptée des terrains.
Face à ces difficultés, de nombreux clubs ont pris contact avec la FFR, notamment pour être accompagnés dans le contexte des arrêtés préfectoraux restreignant ou interdisant l’arrosage. Autre évolution notable, ces restrictions, auparavant principalement concentrées sur les mois de juillet et août, ont désormais tendance à se prolonger au-delà de la période estivale, pouvant s’étendre jusqu’en septembre, voire en octobre. C’est dans ce contexte qu’a été élaboré, à la fin de l’été dernier et pour cette rentrée 2026-2027, le Guide des bonnes pratiques en période de sécheresse.
Réalisé en collaboration avec Christophe Gestain, expert terrains référent FFR, ce document vise à apporter aux clubs des solutions concrètes pour préserver leurs surfaces de jeu et adapter leur utilisation en fonction de leur état. Concrètement, le guide se présente sous la forme d’une fiche, disponible en version papier ou numérique. Sur une page (le rapport initial en compte huit), deux colonnes détaillent les bonnes pratiques à adopter selon le niveau de dégradation de la pelouse : modéré ou important.
À partir du diagnostic établi, le niveau de pratique peut alors être adapté, avec un usage allégé ou, lorsque la situation l’exige, déconseillé. Un plan d’action, établi sur près d’un mois, vient ensuite préciser les mesures à mettre en œuvre. Ce protocole a ainsi été pensé pour permettre aux clubs d’anticiper, de s’adapter et de gérer au mieux les conséquences d’un épisode climatique de plus en plus impactant pour les terrains de rugby. Dans les semaines qui suivent, l’objectif est évidemment de permettre aux clubs de retrouver des conditions de pratique du rugby satisfaisantes.
Le guide rappelle notamment qu’un brin d’herbe jauni n’est pas nécessairement un brin d’herbe mort. Il peut simplement être en situation de stress hydrique, conséquence d’un manque d’irrigation et de nutriments. Dans ces conditions, la pratique doit être adaptée et limitée, de manière plus ou moins importante selon le niveau de dégradation du terrain. Une réalité qui peut s’avérer particulièrement complexe pour certains clubs ou services chargés de l’entretien des stades, qui ne disposent pas toujours des compétences ou des moyens techniques nécessaires pour faire face à ce type de situation.
Si la capacité à arroser reste évidemment le nerf de la guerre, on découvre que d’autres bonnes pratiques peuvent également contribuer à préserver une pelouse. À commencer, paradoxalement, par… ne pas trop l’arroser ! Une irrigation inadaptée ou excessive peut en effet favoriser l’apparition de champignons, eux-mêmes susceptibles d’endommager les surfaces de jeu.
Baptiste Berthou rappelle : « Ce guide se veut être juste un outil supplémentaire, une fiche permettant d’aider nos clubs et pratiquants. » À utiliser même un peu comme une sorte de « guide et astuces ». Exemple, en fin de document sont également recensés plusieurs gestes qui peuvent sembler évidents en période de dégradation des pelouses, mais qui sont en réalité déconseillés. De petites solutions pour mieux appréhender la période sèche. Pour accompagner les clubs dans leurs interrogations, une adresse de contact dédiée est également mise à disposition : terrains@ffr.fr.
La fiche a été envoyée en septembre aux membres de la Commission nationale des Épreuves (CNE), qui l’ont ensuite relayée auprès des CTC, mais également aux présidents et secrétaires généraux de l’ensemble des Ligues régionales ainsi qu’aux DTL. Si une diffusion plus large du document pourra intervenir, cette première démarche doit surtout permettre de faire circuler la fiche au sein des clubs, afin de les sensibiliser et de les préparer en amont des prochaines périodes de fortes tensions climatiques estivales.
« En plus des cas de dégradation modérée ou importante, il faut savoir qu’une pelouse qui sort correctement de l’été est bien préparée à l’hiver, explique Baptiste Berthou. Un bon enracinement crée une structure, un couvert végétal fourni et une solidité de votre substrat qui permettront d’avoir un terrain de bonne qualité et une meilleure pratique hivernale. » Évidemment, après les épisodes caniculaires de l’été, les périodes pluvieuses qui jalonnent le reste de la saison constituent également un défi pour les clubs. Mais une chose est certaine : bien lancer sa saison commence par disposer d’un terrain ayant le moins souffert possible durant l’été.
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