thumbnail

Fédération à missions  : Montesson Chatou, le don de soins

Fédération
Le Rugby Club Montesson Chatou a ouvert sa propre section de rugby santé à 5 en 2021. Une pratique de loisir sans contact, accessible sur ordonnance médicale pour des personnes sédentaires ou atteintes d’affection longue durée. Partons à la découverte de l’équipe des Sans-Mêlées du RCMC.

Parc des sports de Montesson dans les Yvelines, il est 19 h 15 et Laurent Pionnier est déjà là, plusieurs dizaines de minutes avant le début de la séance. Il prépare soigneusement le programme de l’entraînement du jour sur un terrain entièrement dédié à ses joueurs. En plus de son rôle d’entraîneur hebdomadaire, c’est aussi lui qui a eu, dans un contexte de pandémie mondiale, l’idée de bâtir une équipe de rugby santé au sein du club en 2020.

Il rembobine  : « L’élément déclencheur a été la pandémie, qui a isolé de nombreuses personnes. La FFR a rapidement mis en place des protocoles permettant de reprendre des activités sur des carrés de cinq mètres dès que cela a été possible. Mais pour les personnes atteintes d’affections de longue durée, la crise sanitaire a rendu la situation encore plus difficile. »

Le rugby à 5 existe depuis 2015 au RCMC, mais Laurent Pionnier veut aller plus loin dans l’optique d’adapter cette pratique à des personnes ayant subi des AVC ou qui combattent des cancers, du diabète ou encore l’obésité pour ne citer que trois des vingt-neuf affections de longue durée (ALD) recensées par l’assurance maladie française.

La solution, il la trouve en consultant le « Médicosport-santé », un dictionnaire médical des disciplines sportives qui mentionne le rugby santé depuis 2017. « Je suis parti de mes feuilles blanches, et j’ai structuré l’idée. Je l’ai proposée au club et ça a tout de suite suscité l’adhésion. Tout le monde m’a dit que c’était génial et c’était important pour moi que ce soit un projet soutenu par tous ici. » Laurent Pionnier se met alors au travail et découvre deux règles primordiales pour ouvrir une section santé  : il faut obligatoirement avoir un médecin référent et se former avec un brevet fédéral niveau 2.

Il sollicite plusieurs médecins et trouve finalement un soutien décisif auprès du docteur Anne Nedelec-Jaffuel, de la maison de santé de Saint-Germain-en-Laye, qui accepte de superviser le projet. Entourée par deux enseignantes d’activité physique adaptée de la maison de santé, Sophie et Sarah, elle délivre les nécessaires ordonnances médicales de chaque nouveau pratiquant du rugby santé au RCMC.

Un projet qui se concrétise

Brevet fédéral niveau 2 en poche, Laurent voit son projet prendre forme, mais hors de question pour lui de le porter seul. Tandis qu’il raconte la naissance de cette équipe, une quinzaine de joueurs arrivent pour l’entraînement. Pour mener l’échauffement, étape essentielle de la séance, deux silhouettes féminines se placent le long du terrain d’une trentaine de mètres.

Hélène Eyraud se souvient  : « Un jour, Laurent est venu me voir et m’a dit qu’il avait un grand projet et qu’il voulait que je l’accompagne,explique-t-elle. Il me le détaille et dit que j’ai le temps de réfléchir. Je l’ai alors regardé en lui disant  : “On commence quand ?”Titulaire du brevet fédéral Rugby à 5 délivré par la Ligue Île-de-France, cette dernière est présente au RCMC depuis une décennie. Elle fut d’ailleurs la première capitaine de l’équipe de rugby à 5 qui avait vu le jour en 2015.

À ses côtés pour donner les consignes de l’échauffement, Caroline Aubry est arrivée, elle, au RCMC en 2019. En plus de gérer la boutique du club, Caroline, titulaire du même brevet fédéral qu’Hélène, apporte aussi son soutien à l’équipe. « C’est un plaisir de venir toutes les semaines car nous sommes entourés de bienveillance. On le ressent dès qu’ils arrivent, ils ont plein de choses à se raconter, c’est chouette et on se marre bien avec eux », confie-t-elle tout en observant l’exécution des premiers gestes du soir. Au détour d’une pause fraîcheur, les joueurs de rugby santé à 5 nous dévoilent les symboles clés de leur formation.

Tout d’abord, ce logo aux couleurs du club sur lequel apparaît une main, dont le nombre de doigts ramène au nombre de joueurs alignés en match. Impossible également de manquer l’inscription « les Sans-Mêlées », le surnom de l’équipe, sur leur short, clin d’œil amusant à l’absence de mêlée dans leur pratique.

Et puis il y a leur mascotte, Dynamoz, droite et souriante, qui s’affiche sur plusieurs ballons. Ce petit ourson dont le nom a été adopté à l’unanimité, même si l’orthographe fait encore débat dans les rangs, est présent à tous les entraînements.« Mais aussi dans tous nos déplacements en tournoi,s’amusent à raconter les joueurs avant de repartir sur le rectangle vert. On rêve d’ailleurs de mettre en place une photo dans laquelle chaque équipe de rugby santé ramène sa mascotte ! »

Alors que les choses sérieuses commencent et qu’un atelier de déplacement avec ballon les yeux bandés prend place, Laurent nous offre un petit tuto sur les règles essentielles à connaître pour pratiquer le rugby santé à 5  : « Il faut savoir que ce sport se pratique en marchant, sans jeu au pied et sans possibilité de poursuivre un adversaire. Le moyen de stopper un adversaire est de le toucher, toujours de face, avec deux mains. Chaque offensive dispose de six touchers pour marquer un essai dans l’en-but, dans lequel il n’est pas nécessaire d’aplatir. » S’ajoute à cela une appréciation de l’arbitre qui donne les feux verts au jeu pour éviter des touchers quand les joueurs sont dans des positions instables.

L’activité physique régulière apporte ses vertus à tout individu

Les matches se veulent tous non compétitifs, avec deux mi-temps de cinq minutes et cinq minutes de pause, toujours dans l’objectif de jouer en fonction des capacités des uns et des autres. « Le rugby santé, c’est une thérapie non médicamenteuse. Cela fait partie intégrante de la chaîne de soins, les gens qui pratiquent une activité physique supportent pour la plupart mieux les chimios et gagnent confiance en eux. » Récupérer en rythme cardiovasculaire, en niveau respiratoire… l’activité physique régulière apporte ses vertus à tout individu.

Laurent Pionnier le souligne  : « Le simple fait de marcher assez vite, d’avoir un corps qui est en mouvement, est bienfaiteur. » Nathalie fait partie des figures fondatrices de l’équipe  : véritable pilier du groupe, elle attaque déjà sa cinquième saison, soit autant d’années que compte l’aventure des Sans-Mêlées. C’est autour d’une tournée de jus de fruits dans le vestiaire après l’entraînement que la joueuse se confie sur son lien avec ses coéquipiers  : « Ici, on vient comme on est. Chaque jeudi soir, on laisse tout au bord du terrain pour profiter pleinement du moment. Quand on se retrouve, le reste du monde s’efface. »

Si elle relève la force de ce collectif, Nathalie insiste sur le rôle de cette équipe, de ce qu’elle lui apporte, physiquement et socialement. « Au début, tu avances par petites étapes en pensant que courir sera impossible. Pourtant, malgré un pronostic qui, à 28 ans, m’indiquait une mobilité réduite, j’approche aujourd’hui des 55 ans debout, active et pleinement en mouvement. » Dans ce club, la joueuse a retrouvé le plaisir de courir, le plaisir de bouger, de fournir des efforts ; des sensations qu’elle pensait avoir perdues sont revenues.

Comme 17 des 18 personnes de cette équipe, elle n’avait jamais touché un ballon de rugby  : « J’ai toujours suivi ce sport avec mes grands-parents passionnés, et mon fils y joue depuis longtemps… Comme beaucoup, nous avions des idées reçues  : en arrivant, on ne s’imaginait pas capables de pratiquer. Et pourtant, chaque nouvelle personne qui rejoint l’équipe découvre que c’est accessible  : à son rythme, en prenant du plaisir, tout devient possible. »

Pour accompagner au mieux leurs joueurs lors de ses séances, nos coachs du soir peuvent compter sur un outil mis à disposition par la FFR  : des cardiogrammes individualisés pour chaque joueur. Relié à une tablette, ce dispositif permet aux encadrants de suivre en direct les efforts de chacun. Les données, anonymisées avec un système de numéros, sont envoyées après les séances à la FFR qui, avec ces précieuses data, peut mesurer l’apport de la pratique.

Le coach Laurent prend le temps de détailler  : « Nous connaissons leur numéro par cœur et grâce à cinq degrés d’effort (gris, vert, bleu, orange, rouge) sur l’application Polar, je sais s’il y a un problème à tout moment. » Dans un collectif où l’humain est au centre de tout, Laurent, Hélène et Caroline parviennent à être encore surpris par la résilience de leurs protégés. Hélène, au moment d’évoquer une des joueuses, en garde un souvenir fort  : « Vous vous rendez compte qu’un jour, elle est venue un soir à l’entraînement après avoir enduré une chimiothérapie le matin même  ? Elle avait une volonté incroyable. »

Les liens qui dépassent les lignes d’un terrain

Les liens qu’ils ont soudés autour de la pratique dépassent les lignes d’un terrain ; pour eux, le rugby a créé une famille qui se serre les coudes. « On se voit souvent à l’extérieur, on fait des restos régulièrement et il y a même un truc spécifique à Noël entre nous. Notre lien va au-delà du sport »,confie tout sourire Yannick, joueur de l’équipe.

Laurent Pionnier  : « Ce que je trouve très intéressant et qui a du sens, c’est que c’est une section mixte et qu’elle accueille des personnes avec de lourdes pathologies. Pouvoir leur proposer une activité en commun, les voir s’amuser, oublier un petit peu tout ça autour de bons moments, c’est une telle richesse humaine. »

Avant de lancer le petit match de fin d’entraînement, Laurent se réjouit d’avoir bâti avec Hélène et Caroline ce collectif qui intègre avec bienveillance chaque nouveau venu, tout comme il se réjouit de la bonne intégration de ses licenciés au sein du club et de ses autres sections. « Tout le monde comprend qu’ils font partie intégrante du club, au même titre que nos séniors, que notre école de rugby, que nos féminines… Nous sommes un morceau du puzzle du club », ajoute le responsable du rugby santé et loisir au RCMC.

Le fait que l’entraînement des Sans-Mêlées se déroule en simultané des entraînements des jeunes ou des séniors offre une constante interaction authentique. Une proximité qui leur permet de se faire connaître auprès d’eux, de s’inviter à des événements comme des matches, et même de fêter des troisièmes mi-temps ensemble. Une harmonie qui était encore observable le 4 octobre à l’occasion d’un événement Octobre rose au parc des sports de Montesson.

RUGBY CLUB MONTESSON CHATOU

  • 1 pl. Roland Gauthier, 78 360 Montesson
  • Président  : Michel Stallivieri
  • Nombre de licenciés  : ?
  • Contacts  : club@rugby-rcmc.com

Partagez cet article

Avatar de La Rédaction

La Rédaction

12/02/2026