À l’est de ce club si singulier, l’Allemagne se trouve à deux kilomètres. À l’ouest, on devine presque les avions qui décollent de l’EuroAirport quand, à moins de dix minutes au sud, on passe la frontière suisse pour flâner ou travailler à Bâle. Un contexte géographique si particulier qui berce la vie du Rugby Club Saint-Louis, phare ovale qui attire à lui ses passionnés, de toutes nationalités ou origines. Et le RCSL dispose ainsi d’un pilier inclusif solide à l’international.
Allemands, Argentins, Écossais, Gallois, Irlandais, Suisses ou d’autres joueurs originaires de l’hémisphère Sud viennent s’y mêler autour du ballon aux rebonds capricieux, ses valeurs et ses codes planétaires. Secrétaire générale du club et responsable de l’EDR et du Label Club Engagé, Geneviève Pauly était déjà au bord des terrains dans les années 1980 où elle suivait son papa joueur. La tradition se perpétue puisqu’Aurélien, son fils, évolue en M16.
Licenciée au club depuis 1996, cette ancienne deuxième ligne a commencé à s’investir comme bénévole à 25 ans à la suite d’une blessure aux ligaments croisés. Celle qui encadre aujourd’hui les M10 rappelle que le club est tellement proche des frontières qu’il les a largement dépassées : « On a un vrai mélange de nationalités, que ce soit chez les joueurs, les joueuses ou les bénévoles. Chacun apporte son expérience du rugby, sa culture et ça enrichit énormément le club. Même des parents se mettent à jouer pendant que leurs enfants jouent. »
Au club depuis 1998, Dalila Brechenmacher a d’abord été joueuse, puis maman d’enfants à l’école de rugby (Julien et Claude) et, enfin, bénévole. Dalila fait aussi partie du bureau directeur de la Ligue Grand Est, impliquée dans deux commissions : le sport-santé et la commission transfrontalière. « Le RCSL est avant tout un club formateur, porté par un véritable esprit familial. On y ressent une ambiance forte, faite de solidarité et de soutien constant, qui donne envie de s’investir sur la durée. Des joueurs venus d’horizons très variés, aux cultures et nationalités multiples, s’y retrouvent, faisant de cette diversité une véritable richesse. Ici, le rugby rassemble sans distinction d’origine ou de milieu social : c’est une valeur fondatrice du club. »
Depuis trois décennies, Aurélien Febvet est un pur Rouge et Blanc. Vice-président du club, il est aussi éducateur quand il n’œuvre pas derrière la mêlée de l’équipe B. « Les gens qui ont joué dans leur pays retrouvent ici un repère, détaille-t-il. Puis ils inscrivent leurs enfants au club et recréent ce lien. On parle tous le même langage à travers le ballon. » Après avoir bourlingué en France, Gregory Upert a posé ses valises dans le Haut-Rhin. Joueur en rugby à 5 et éducateur des moins de 8 ans, il fait aussi partie du comité directeur comme dirigeant. En attendant le prochain salarié, il lui arrive d’intervenir dans le scolaire : « On est un club très international. Le rugby est un langage universel. Peu importe d’où viennent les joueurs, ils se retrouvent autour des mêmes valeurs et du même jeu. C’est ce qui fait la richesse du club. »
L’inclusion se fait aussi plus localement, pour feu l’ancienne Alsace-Lorraine où le maillage peut encore mieux se développer. « On travaille beaucoup à la Ligue pour accompagner les clubs et pour développer le rugby partout, assure Dalila Brechenmacher. On met en place des actions concrètes, comme des partenariats avec France Travail, pour créer des liens, attirer de nouveaux publics et soutenir les structures. De plus, les clubs sont très actifs, ils se mobilisent beaucoup, que ce soit sur la formation, le rugby loisir ou les actions sociales. Il y a une vraie richesse. »
Alors que Saint-Louis est un peu isolé tout au sud de l’Alsace, ce club a su créer une identité propre et un lieu de partage. Les actions sociales et sociétales se développent au sein du RCSL, 7e club de la région Grand Est au classement LCE. « Notre cœur de métier, rappelle le président Graeme Hood, c’est de former les jeunes et de faire jouer les équipes. Mais les actions sociétales sont importantes, notamment pour l’image du club et pour attirer de nouveaux publics. Saluons le travail des bénévoles. »
Ces actions en faveur du Label Club Engagé, c’est un peu la reconnaissance du travail collectif des éducateurs, bénévoles et parents. « On ne veut pas seulement former de bons joueurs, insiste Geneviève Pauly, mais aussi des personnes impliquées et responsables. Le club doit montrer l’exemple en s’engageant dans la vie locale et dans des actions citoyennes. »
En quittant l’aéroport pour se rapprocher du Rhin, on descend vers les installations du stade de l’Au où est installé le magnifique complexe sportif du RCSL. « On a la chance de disposer de quatre terrains au total, apprécie Graeme Hood, d’autant qu’on a inauguré cette saison un nouveau terrain au quartier de Bourgfelden qui est plutôt dédié aux rencontres de jeunes et à la section sportive du lycée Jean-Mermoz à 10 minutes à pied. »
Dalila Brechenmacher met en avant la qualité des installations du club : « On a un stade remarquable et un soutien municipal constant de la mairie », apprécie-t-elle. Dans un tel cadre, les équipements sont entretenus avec soin et les réflexes écologiques s’imposent naturellement. Le passage récent à un éclairage LED, à la fois plus performant et moins énergivore, en est une illustration concrète.
Ce projet, rendu possible grâce à un dossier monté auprès de l’ANS, a permis de moderniser l’éclairage du terrain d’entraînement et d’améliorer celui du terrain d’honneur. Le résultat marque une nette différence, savoure le président : « Plus de qualité, de confort et de sécurité pour les joueurs, notamment lors des entraînements en soirée l’hiver, ce projet a été mené en étroite collaboration avec la mairie, qui est bien plus qu’un simple partenaire pour nous, et avec l’appui de la Ligue, les travaux ont été réalisés sans perturber la vie du club. »
Toujours avec l’écoresponsabilité, le grand nettoyage de printemps porte un nom en Alsace : « l’Oschterputz ». Ce nettoyage du Rhin fin mars s’est étendu à d’autres lieux, dont le club de rugby et son environnement où ses sympathisants se retroussent les manches. La jeunesse ludovicienne est active et reçue comme il se doit dans ce club formateur. « On essaie d’être le plus actifs possible, avoue Gregory Upert. Le but, c’est de recruter un maximum d’enfants, ce qui n’est pas toujours évident dans une région où le rugby est moins présent. Mais ça commence à payer : aujourd’hui, beaucoup de joueurs séniors viennent de l’école de rugby. Les jeunes entre 18 et 22 ans sont quasiment tous issus du club. »
Les Alsaciens ont ainsi une école de rugby estampillée deux étoiles ! « C’est une grande fierté, car c’est une reconnaissance difficile à obtenir, souligne Dalila Brechenmacher. Elle récompense le travail de tous les bénévoles, leur engagement et leur volonté de transmettre les valeurs du club. Nous accueillons une trentaine d’enfants âgés de 3 à 6 ans : au début des séances, ils évoluent tous ensemble, les plus grands entraînant naturellement les plus petits dans leur sillage, dans un rôle de “grands frères”. Dans un second temps, les groupes sont répartis pour proposer des séquences plus structurées, adaptées à chaque âge. »Le scolaire est d’ailleurs une clé de voûte avec des interventions dans pas moins de quatre écoles primaires du territoire pour environ 450 élèves touchés par le sport ovale.
Des sections rugby existent au collège comme au lycée, prolongeant le travail de formation engagé dès le plus jeune âge. Jusqu’à la saison dernière, un grand tournoi de rugby scolaire réunissait les jeunes d’une ville de 23 000 habitants (plus du double à l’échelle de l’agglomération). Une dynamique qui porte ses fruits : le club parvient à engager des équipes dans toutes les catégories sans entente avec d’autres structures, une singularité notable dans la région. Dans cette logique de développement, le rugby féminin constitue un axe prioritaire. Comme l’explique Geneviève Pauly, « des mesures incitatives ont été mises en place, avec notamment la gratuité de la licence en cours de saison, permettant de recruter une dizaine de joueuses. Une première étape encourageante, même si le travail se poursuit pour structurer des effectifs complets ».
Parallèlement, les autres formes de pratique ne sont pas en reste. Le rugby loisir rassemble ainsi chaque vendredi soir une trentaine de participants, preuve de l’attractivité d’une offre diversifiée. « On développe les féminines, le rugby loisir ou encore le rugby adapté, accentue Aurélien Febvet. Dans une région où le rugby est moins implanté, il est essentiel de multiplier les propositions pour toucher un public large et faire vivre le club. » Cette stratégie d’ouverture apparaît aujourd’hui comme un levier indispensable pour consolider l’ancrage local.
Dans cette perspective, le club affiche des ambitions claires. Redonner toute sa place au rugby féminin, viser une troisième étoile pour l’école de rugby, renforcer sa structuration avec l’arrivée d’un nouveau salarié : autant d’objectifs assumés. La création d’une section sport-santé ou de rugby adapté est également à l’étude, un projet déjà esquissé, qui ne demande plus que quelques ajustements pour voir le jour. Autant de chantiers qui dessinent les contours d’un Rugby Club Saint-Louis résolument tourné vers l’avenir.