Six séances, six semaines, puis un grand tournoi, un goûter et des récompenses. Depuis 2020, à chaque début des vacances de la Toussaint, le parc des sports du Bouscarret se transforme en véritable terrain de jeu pour plusieurs centaines de jeunes joueurs. Derrière cette armée de pratiquants, il y a une initiative patiemment construite par le Stade Olympique Maubourguetois Rugby (SOMR) pour faire découvrir le rugby au plus grand nombre et tisser un lien durable avec son bassin de vie.
De la grande section au CM2, les écoliers de sept établissements du secteur sont ainsi accompagnés par les éducateurs du club qui interviennent chaque semaine dans les classes, en coanimation avec les professeurs des écoles. Cette opération de découverte est aussi une réponse à une urgence bien réelle. Si la Bigorre reste historiquement une terre de rugby, la pratique est aujourd’hui en baisse chez les jeunes. Le bassin armagnaco-bigourdan fait en effet face, depuis plusieurs années, à un vieillissement démographique qui n’épargne pas le rugby.
Pour le SO Maubourguetois Rugby, cette évolution est aussi l’occasion de repenser ses actions et d’imaginer de nouvelles façons de faire découvrir le rugby. À son âge d’or, l’initiative réunissait dix écoles ; elles sont aujourd’hui sept, conséquence notamment du regroupement progressif des établissements du secteur. « Nous avons perdu trois écoles en cinq ans », explique Aude Cazajous, responsable de l’école de rugby du SOMR. Une évolution qui n’empêche pas le club de poursuivre sa mobilisation : « Entre notre rassemblement de 2024 et celui de 2025, nous avons accueilli 20 jeunes de moins en un an, mais cela nous encourage justement à chercher de nouvelles solutions. »
C’est notamment auprès des plus jeunes que le club souhaite désormais accentuer ses efforts. Sous l’impulsion d’Aude Cazajous et d’Olivier Larribère, CTC du bassin Terroir n° 8 (Gers, Hautes-Pyrénées), le SOMR a ainsi développé un nouveau cycle d’initiation à l’échelle du territoire. Une démarche qui porte déjà ses fruits : « Nous avons trouvé cette solution de cycle d’initiation sur le territoire. Cinq écoles ont répondu favorablement à la sortie du Covid et d’autres ont rapidement suivi le mouvement. » Une dynamique encourageante, destinée à multiplier les portes d’entrée vers le rugby et à lever progressivement les différents freins à la pratique, notamment celui du coût de la licence.
À l’été 2025, l’évolution du Pass’Sport invite les clubs à redoubler d’inventivité pour faciliter l’accès des 6-14 ans à la pratique sportive. Avec la fin de la prise en charge pour cette tranche d’âge, une licence annuelle peut désormais représenter un budget de 65 euros pour les familles. Un nouveau défi qui renforce surtout la nécessité de multiplier les initiatives pour faire découvrir le sport au plus grand nombre. Car au-delà de la question financière, les clubs évoluent aussi dans un environnement où les habitudes des jeunes changent rapidement. La progression de la sédentarité rend plus que jamais essentielle la création d’occasions de bouger, parfois dès le cadre scolaire, qui constitue pour certains enfants l’un des rares rendez-vous réguliers avec l’activité physique.
Sur le terrain, cette évolution encourage justement les clubs à renforcer leur rôle et à inventer de nouvelles passerelles vers la pratique. « Le Covid a fait beaucoup de mal à cette jeune génération, souligne Jean-Louis Lassalle, co-président du club. La Fédération de rugby a pourtant été l’une des rares en France à continuer l’activité pendant la pandémie, avec des pratiques à contact aménagé. Aujourd’hui, trop de jeunes ne font pas de sport en dehors de l’école alors que les temps d’écran augmentent. » Face à ces nouveaux enjeux, les clubs apparaissent ainsi comme des acteurs essentiels pour recréer l’envie de bouger, de jouer et de partager, en offrant aux jeunes des espaces de rencontre et de pratique sportive régulière.
Dans ce contexte, aller directement dans les écoles prend une autre dimension. Il ne s’agit plus seulement de faire connaître le rugby, mais de recréer l’envie et les conditions de la pratique. Après un premier test mené auprès de cinq écoles et de 150 élèves, Aude Cazajous décide de passer à la vitesse supérieure. À la sortie du Covid, elle invite toutes les écoles du bassin à rejoindre l’initiation. L’appel est entendu.
Sans exception, les enseignants répondent présents. Près de 300 élèves, de la grande section de maternelle jusqu’au CM2, vont ainsi découvrir le rugby, comme l’explique la responsable de l’école du rugby du SOMR : « Nous nous sommes positionnés sur la période 1 en année scolaire, de septembre aux vacances de Toussaint, car c’est à ce moment-là qu’enfants et parents choisissent une activité pour l’année. Et nous avons mis à partir de là en place une licence fédérale d’accès aux entraînements pour les nouveaux licenciés attirés par l’initiation. »
Le principe est simple : pendant un mois et demi, les encadrants interviennent dans les écoles six fois, en coanimation avec les enseignants, soit en moyenne une séance par semaine. Les cycles s’articulent autour de la balle ovale, avec une approche adaptée aux plus jeunes, du toucher à deux secondes, et non du plaqué. Puis vient le temps de la mise en pratique. Une fois les bases acquises, le cycle s’achève par un grand rassemblement au parc des sports du Bouscarret, à Maubourguet, dans des allures de tournoi.
Une journée qui permet surtout de réunir tout ce petit monde autour du ballon ovale. Un dernier rendez-vous avant les vacances, pensé comme un moment de fête et de cohésion, mais aussi comme une passerelle naturelle entre l’école et le club. « Sur cette journée finale, nous regroupons aussi, avec tous les encadrants, les éducateurs et éducatrices de l’école de rugby qui sont là aussi, détaille Jean-Louis Lassalle. Comme les dirigeants du club qui s’occupent de la partie logistique avec les goûters et les récompenses. »
Au-delà du tournoi d’un jour, l’enjeu est donc de faire naître l’envie. À son échelle, le SOMR mobilise deux éducateurs, présents aussi bien lors des ateliers dans les écoles qu’au rassemblement final. Mais la réussite du projet repose sur une implication plus large, qui dépasse largement les seuls contours du club. La municipalité de Maubourguet accompagne et soutient l’initiative, tandis que le tissu associatif apporte lui aussi sa pierre à l’édifice.
Parmi les partenaires essentiels, le club peut notamment compter sur Bigorra Sports 65, organisme de formation qui prépare à Maubourguet aux brevets professionnels de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport (BPJEPS). « Bigorra Sports 65 met à disposition pour cette initiative ses stagiaires et apprentis, reconnaît Aude Cazajous. Ils sont trois à être détachés annuellement pour intervenir avec les scolaires, ce qui nous permet de toucher vraiment toutes les écoles du bassin. Leur rôle pour permettre ces rassemblements annuels à la Toussaint est essentiel. »
Le partenariat profite aux deux structures. D’un côté, les jeunes en formation BPJEPS acquièrent une expérience de terrain au contact des scolaires. De l’autre, le SOMR bénéficie de forces vives supplémentaires pour entretenir, année après année, sa présence dans les écoles du territoire. Jean-Louis Lassalle souligne ainsi la volonté commune de faire avancer le projet, à tous les niveaux : « Nous ne voulons pas oublier de citer aussi l’engagement de l’Éducation nationale, des conseillers pédagogiques départementaux et du secteur qui sont invités et présents dans le dialogue. »
Il n’y a pas de réfractaires, pas de bâtons dans les roues, le président appuie : « À la suite des discussions avec le collège de Maubourguet, il y a eu une adhésion collective qui constitue sans doute la véritable force du dispositif. » Le SOMR peut en effet s’appuyer sur la seule école de rugby indépendante du bassin, là où de nombreux clubs bigourdans et gersois doivent unir leurs forces pour assurer la formation de leurs jeunes, de 3 à 14 ans.
Une configuration qui ne tient pas seulement à la taille du territoire. Elle témoigne aussi de la capacité des clubs à collaborer pour offrir les meilleures conditions de pratique aux jeunes. « Même des écoles de rugby qui fonctionnent très bien, comme l’Entente de Trie-Pouyastruc, ont choisi de se rapprocher de Miélan et Mirande dans le Gers, par exemple », souligne Olivier Larribère. L’Entente Adour Echez illustre parfaitement cette dynamique. L’une des plus importantes écoles de rugby du bassin rassemble ainsi plus de 130 jeunes autour de quatre clubs, avec la volonté commune de faire vivre le rugby sur le territoire.
À Maubourguet, près de 90 jeunes pratiquent au sein d’une seule et même structure. Un effectif significatif à l’échelle du secteur, qui permet au SOMR de conserver son indépendance et de cultiver sa propre identité. Une belle dynamique qui n’empêche pas certains défis selon les catégories : le club n’a ainsi pas pu constituer d’équipe de cadets et cadettes pour la saison 2025-2026. Une situation qui illustre surtout la diversité des modèles et la nécessité, pour chaque club, de trouver la formule la plus adaptée à ses réalités.
Mais au SOMR, cette émancipation est envisagée comme une opportunité, celle de construire une véritable filière de formation, avec l’ambition de faire grandir ses propres joueurs plutôt que d’aller les chercher ailleurs. « La politique ici, c’est de former, avec l’idéal affiché que nos équipes séniors soient composées à 90-95 % d’enfants du club », résume Jean-Louis Lassalle.
Le club peut aussi compter sur un fort sentiment d’appartenance, nourri par des repères simples et immuables : deux couleurs, le rouge et le blanc, et un seul lieu de jeu, le Bouscarret. « C’est aussi important pour nous que les jeunes aient leurs repères ici, qu’ils ne s’identifient qu’à un seul stade, argumente Aude Cazajous. Car un jeune qui joue dans une entente, quand il va monter en cadets ou en séniors, il ne retrouvera pas forcément le même lieu d’entraînement ou de match avec des ententes qui disparaissent après l’école de rugby. »
Depuis 115 ans, le club maubourguetois entretient un lien particulier entre les générations, faisant de la transmission l’un des piliers de son fonctionnement. Les joueurs séniors, qu’ils soient encore en activité ou désormais retraités, sont nombreux à revenir encadrer les équipes de jeunes. Les éducateurs du club sont, pour la plupart, issus de cette histoire commune. « Beaucoup sont des enfants du club, confie Aude Cazajous, donc ça leur parle de transmettre cette identité-là. »
Il existe aussi de la reconnaissance pour l’éducation humaine et sportive :« Ils l’ont reçue il y a plusieurs années et ils veulent la rendre,ajoute la dirigeantequi le constate dans leur parcours. Ils partent jouer vers un plus haut niveau durant deux, trois, quatre ans, puis ils reviennent pour incarner cette identité. » Et pour entretenir cela, le SOMR a compris qu’il fallait commencer tôt, dans les écoles, là où peuvent naître les prochaines générations de joueurs… mais aussi les futurs éducateurs du Bouscarret.