Tout sera désormais différent sur les plateaux des écoles de rugby, la feuille de match dématérialisée est utilisée en conditions réelles. À Frouzins, au sud-ouest de Toulouse, le jour se lève à peine quand les premiers éducateurs arrivent, sacs sur l’épaule et café à la main. L’un des premiers sujets de discussion n’est pas les récentes élections municipales ou le prix de l’essence, mais bien la feuille de match dématérialisée, détail qui change la routine de nombreux clubs. À l’occasion d’un plateau moins de 14 ans, le Racing Club Saudrune, 600 licenciés et trois étoiles pour son école de rugby, reçoit les Tarnais de Sor Agout 15 et les Tarn-et-Garonnais de Garonna XV avec cette grande nouveauté en fil rouge. Si les gestes sont encore parfois hésitants, ils dénotent déjà une réelle envie de bien faire. On ouvre, on cherche l’application, on vérifie les équipes. Certains manipulent l’outil avec assurance, d’autres le découvrent.
À cette heure matinale, personne ne semble stressé par cette nouveauté technologique. Ni les principaux concernés, ni les entraîneurs, joueurs ou accompagnateurs, de quoi satisfaire le vice-président délégué de la FFR et responsable des écoles de rugby, Laurent Estampe, présent sur place : « Dans le déploiement de cette feuille de match dématérialisée, il était prévu qu’il y ait une phase d’acculturation et de prise en main par les clubs, les Comités départementaux et les Ligues. On s’aperçoit aujourd’hui que grâce à la phase préparatoire d’information et de formation, tout est rendu plus facile. La découverte commune de cette nouveauté rajoute de la convivialité entre les différents protagonistes. »
En remontant l’Hexagone, 750 km plus au nord, il est un peu moins de 14 h 30 à Vernon, ville de 32 000 habitants située dans la vallée de la Seine, dans le département de l’Eure, quand une petite marée de jeunes rugbymen normands rejoint le stade de Vernonnet. Avant le début des matchs des catégories du jour (M8, M10, M12), les éducateurs des équipes sont en cercle autour d’un téléphone tenu par Jean-Luc Laporte, responsable de l’école de rugby du Stade Porte Normande Vernon Rugby et chargé de l’organisation du tournoi.
Sur une application, il recense en quelques clics les effectifs de chaque club engagé : « C’est parfait, toutes les équipes ont bien préparé leur feuille ! » lance-t-il à Yann Simon, CTC du bassin Normandie, avant de faire un premier bilan avec lui dans le club-house du SPN. Ensuite, le responsable de l’école de rugby de Vernon, chargé de superviser les feuilles de match, parcourt les six terrains aménagés pour la journée – deux pour les M8, deux pour les M10 et deux pour les M12.
Retour au stade municipal de Frouzins, enceinte d’une des quatre communes formant le club (avec Cugnaux, Villeneuve-Tolosane et Seysses) ; là aussi, comme sur chaque plateau de France, la figure de proue est un bénévole de l’école de rugby, qui n’est pas forcément le responsable EDR, ce dernier ne pouvant pas se démultiplier. Il endosse le rôle de gestionnaire du club organisateur, en charge de cette avancée technologique. Concrètement, sur le bord du terrain, les regards oscillent entre l’écran et les enfants qui s’échauffent. Comme à Vernon, une fois la prise en main passée, une des premières interrogations s’impose déjà : comment ça marche, concrètement ?
Ces actions deviennent-elles instinctives ? Sont-elles adaptées à la réalité du terrain ? Derrière sa simplicité apparente, la feuille de match digitale repose sur une mécanique bien structurée. Tout commence par la création du plateau. On renseigne ensuite les équipes présentes, les terrains disponibles, puis on organise les rencontres. Dans le contexte spécifique des écoles de rugby, l’outil doit s’adapter à une réalité bien particulière avec plusieurs terrains en simultané, des rotations rapides et un grand nombre d’enfants à gérer. À l’occasion de ce premier week-end de répétition générale en Normandie, le terrain a été préparé par le CTC du bassin, Yann Simon, qui a notamment organisé une visioconférence avec les différents responsables des écoles de rugby le lundi précédent pour récapituler les étapes à suivre et reprendre les points bloquants.
Lors de cette visio, Yann Simon a également rappelé lecheminement à suivre :« Les plateaux du samedi apparaissent sur Oval-e dès le lundi précédent. Les éducateurs de chaque club ont ainsi toute la semaine pour compléter leur feuille de présence. » Les questions les plus fréquentes tournent essentiellement autour du rôle de chacun : les clubs et les éducateurs qui vont se déplacer sur un plateau, et ceux qui vont l’organiser et l’accueillir. L’autre sujet de discussion concerne les gestionnaires des écoles de rugby et les gestionnaires de feuilles de match, qui sont distincts sur l’interface.
Une fois les feuilles de présence prêtes et remplies pour chaque club participant, Yann Simon préconise un fonctionnement à suivre le jour J. « Nous conseillons un temps de regroupement entre les éducateurs à une quinzaine de minutes du début des matchs pour voir où chacun en est sur les feuilles de présence. Ils vont ensuite pouvoir verrouiller leurs feuilles pour lancer le plateau. »

La feuille de match dématérialisée s’étend désormais aux écoles de rugby. Issue d’un important travail de développement, elle simplifie les démarches des bénévoles tout…
En ce qui concerne l’accompagnement pour la prise en main de l’outil, Yann Simon se réjouit des nombreux temps d’échange mis en place. « Nous avons eu un temps de formation auprès de la FFR qui était très clair, nous savions rapidement ce que nous devions mettre en place, et comment le faire […] Dans notre Ligue, nous sommes allés dans tous les Comités départementaux pour présenter l’outil auprès des responsables d’école de rugby, et en amont ce que nous faisions et préparions avec des cas concrets à leur montrer. Nous échangions aussi avec les CTD, pour qu’ils puissent se faire la main pour la rentrée prochaine. » C’est ainsi qu’un cercle de travail s’est mis en place au sein de la Ligue Normandie pour faire découvrir l’outil à tous, matérialisé par cinq réunions dans cinq Comités départementaux pour s’assurer que l’information descende bien. « Nous avons proposé une visioconférence de rattrapage, insiste Yann Simon, tout comme deux visios de permanence pour répondre à des questions ces derniers jours. Sans compter les échanges téléphoniques pour résoudre des problématiques diverses. »
Reste une spécificité pour les écoles de rugby avec un cas typique : la possibilité d’ajouter ou de retirer manuellement un enfant quand ses parents n’ont pas annoncé sa présence ou quand il arrive à la dernière minute. Là encore, aucune trace d’appréhension n’est lisible sur les visages des encadrants qui règlent les arrivées des petits retardataires en un fragment de temps.Ayant lui-même assisté à la visio de début de semaine, Jean-Luc Laporte est agréablement surpris par la préparation sérieuse des équipes : « Ils ont tous bien préparé leur venue. Ils n’ont même pas eu à sortir le téléphone en arrivant, tout était déjà prêt. Dès le jeudi, quand j’ai fait une première visite sur l’application, de nombreux effectifs étaient déjà remplis. Le lendemain, certains avaient même été mis à jour. Cela montre qu’il y a eu un suivi sérieux de tous et que la démarche est simple. »
Le CTC de Normandie rappelle aussi le rôle de la Fédération : « Avec la FFR, nous faisions des points toutes les deux semaines sur les avancées de chaque Ligue. Nous ne nous sommes à aucun moment sentis délaissés sur l’action. » Ce changement d’habitudes a surtout été vécu comme un gain de temps évident que souligne Claire Lemercier, responsable de l’école de rugby du COR Elbeuf, en contemplant le match de ses jeunes protégés : « Ce changement par rapport au papier va sûrement nous amener à pouvoir encore mieux nous consacrer au jeu des petits sur le terrain. »
La saisie des équipes constitue l’étape clé de ce nouveau dispositif, comme au RC Saudrune où chaque gestionnaire des trois clubs présents renseigne soigneusement les effectifs. Nicolas d’Harcour, chef de plateau et référent des M14 du club rouge et noir, qu’il coache également, prend en main la feuille de match. Informaticien de métier, il accueille favorablement cette nouveauté qui enrichit sa palette d’éducateur.
Pour cette première, il choisit toutefois de doubler la saisie avec la version papier, mais l’usage de l’application se révèle si intuitif que ce sera sans doute la dernière fois. Une fois les rencontres lancées, le suivi devient immédiat : résultats, rotations, validations… tout est centralisé en temps réel. Aucun retardataire ou absent ce jour-là ne perturbe le processus, et le gestionnaire référent garde la possibilité de corriger ou modifier si nécessaire. « Et là, je verrouille ? » demande Nicolas d’Harcour en désignant la fonction qui laisse ensuite uniquement au responsable du plateau la possibilité de modifier la feuille de match.
Certaines fonctionnalités séduisent immédiatement par leur simplicité, comme la validation d’un match en quelques secondes. D’autres, en revanche, nécessitent un temps d’adaptation, notamment pour gérer les formats plus complexes ou les changements de dernière minute. Progressivement, l’ensemble des éducateurs prendra ses marques, et l’application devrait devenir le réflexe naturel de chaque plateau.
En plus des joueurs à sélectionner, on inscrit aussi les dirigeants accompagnants sur la feuille de match dématérialisée des écoles de rugby. Dans le 31, on aura noté quelques difficultés pour choisir les éducateurs à même de gérer la feuille de match. Il semble qu’ils n’aient pas été correctement informés au préalable par le président ou le responsable de l’école de rugby sur leur rôle possible en tant que gestionnaires de feuille de match. Ce sera modifié avant le prochain week-end. Pour les amateurs de statistiques, il faut noter qu’il n’est pas encore possible de consulter le détail des marqueurs (nombre d’essais) ni de partager ces informations avec ceux qui n’ont pas pu se déplacer.
La fin du match vient d’être sifflée et le responsable du plateau s’assure que chaque éducateur appose sa signature numérique sur le téléphone ou la tablette. En Normandie, Yann Simon veille à ce que tout se passe correctement : « Cette étape permet de signaler d’éventuelles blessures, mais attention, cela ne remplace pas une déclaration d’accident. Nous n’avons que des retours positifs aujourd’hui sur ces démarches simples pour les éducateurs. »
Tous les éducateurs signent donc sans difficulté les documents numériques de fin de plateau, en quelques minutes seulement. À Vernon comme ailleurs, aucun incident majeur n’a été recensé. Sur les 36 plateaux organisés ce jour dans 17 lieux différents en Normandie, seuls trois n’ont pas pu être complétés de manière dématérialisée.
Cette situation satisfait pleinement Yann Simon : « Même si tout n’a pas fonctionné à 100 %, la grande majorité des plateaux se sont très bien déroulés, surtout avec les clubs ayant suivi nos séquences de formation. L’outil est maîtrisé avec eux. Deux clubs ont rencontré des bugs et nous allons échanger cette semaine pour comprendre les causes. » Formation et dialogue apparaissent clairement comme les clés pour maîtriser cette nouvelle feuille de match.
Le suivi de formation sera renforcé avec les trois clubs organisateurs qui n’ont pas pu finaliser toutes les démarches lors de ce week-end de lancement, comme l’explique le CTC normand : « Ces clubs n’avaient pas encore participé à nos actions de formation et ont rapidement constaté qu’ils ne maîtrisaient pas complètement l’outil. Avec les éléments que nous pouvons leur fournir, ils seront parfaitement équipés pour la prochaine fois. »
L’objectif est clair : assurer un sans-faute dès la prochaine session. Des cas concrets, de nouvelles formations et des visioconférences sont déjà programmés pour accompagner les clubs et garantir que chaque éducateur maîtrise parfaitement la feuille de match dématérialisée.
Derrière cette évolution, il y a une volonté claire des instances : accompagner les clubs dans leur modernisation. La mise en place de la feuille de match digitale s’inscrit dans un projet plus global de transformation des outils, aux côtés de plateformes comme Ruck ou Mon Club House. L’objectif est double : simplifier le quotidien des clubs et fiabiliser les données remontées du terrain. CTC de ce bassin des Portes de Normandie, Yann Simon s’occupe de 13 clubs répartis sur trois départements : un en Seine-Maritime, deux dans l’Orne et le reste dans l’Eure. Il insiste sur l’importance de déployer cette feuille de match dématérialisée en écoles de rugby, faisant d’abord valoir son expérience passée en club.
Le CTC normand souligne un format papier chronophage et évoque une uniformisation nécessaire d’un dispositif qui existait déjà dans les autres catégories d’âge : « C’est une forme d’uniformisation numérique à la FFR qui est facilitante en termes d’outils pour les clubs. Je me souviens de l’époque où je travaillais en tant que coordinateur école de rugby. Renvoyer les feuilles de présence et les feuilles de résultats était très chronophage. » Il revient aussi sur une plus grande simplicité à récupérer des informations à toutes les échelles, avec un exemple concret pour ce grand week-end inaugural : « Cette utilisation générale de la feuille digitale sur les 36 plateaux EDR de la Ligue nous a permis de récolter l’ensemble des résultats des M14. »
Le CTC local souligne l’apport majeur de la dimension data de cette mise en place, qui permet de savoir combien de joueurs participent aux plateaux et si chaque enfant joue régulièrement au fil de la saison. « Ces informations sont essentielles pour les classements du championnat Grand Ouest et permettent à ma conseillère technique de ligue de mobiliser rapidement les clubs concernés », explique-t-il. Cette collecte simplifiée améliore la pratique pour les clubs, leurs éducateurs et les jeunes, tout en offrant aux Ligues et Comités départementaux une lecture claire et fiable de l’activité. Car pour les responsables institutionnels, le déploiement dans les écoles de rugby n’est pas anodin : c’est là que se construit la pratique, que l’organisation est la plus dense… mais aussi parfois la plus fragile.
Accompagner les éducateurs et bénévoles dans cette transition devient donc un enjeu majeur. Formations, tutoriels et suivi par les Ligues et Comités départementaux sont déployés pour faciliter l’appropriation de l’outil. Il ne s’agit pas seulement d’un instrument technique, mais d’un vrai changement de culture, qui transforme la manière de gérer les plateaux et d’organiser la pratique.
Dans l’agglomération toulousaine, plusieurs acteurs se souviennent encore de l’époque où la feuille de match papier était indispensable. Selon les conditions climatiques, elle pouvait être malmenée, puis devait être correctement remplie, scannée et retranscrite par les autorités compétentes. Aujourd’hui, tout ce processus est simplifié, sécurisant et centralisé, offrant un gain de temps certain et une fiabilité bien supérieure pour tous.
Co-président de Garonna XV, responsable du pôle jeunes et informaticien de métier, Rémi Boué commence par filmer les matchs avec son téléphone avant de se connecter à la feuille de match digitale : « Cette modernité était devenue incontournable. Avec les autres catégories, nous utilisions déjà la feuille de match dématérialisée classique, qui est désormais devenue normale. Cette nouvelle application est très intuitive. Même si le travail administratif reste important dans un club, ce type d’outil libère du temps pour d’autres actions. C’est une routine à prendre, que ce soit dans la semaine précédant le match ou une fois sur le plateau. Tout cela s’inscrit parfaitement dans notre organisation. »
Entre vestiaires et terrain, un groupe de suiveurs, portables en main, attire l’attention. Il s’agit de l’équipe de Sogeti, prestataire choisi par la Fédération pour développer cette feuille de match numérique des écoles de rugby depuis le printemps 2025, et qui accompagne sa mise en œuvre sur le terrain.
Jérémy Debals, Alexia Malgouyres, Xavier Le Brustec et Sofian Chebboub constituent cette équipe Sogeti, et se sont rendus sur place pour constater directement les bénéfices et identifier les corrections nécessaires. L’un d’eux pouvait même effectuer des modifications en direct depuis son ordinateur, juste derrière un banc de touche, illustrant la réactivité et l’adaptabilité de l’équipe.
Deux responsables Sogeti ont aussi fait le déplacement, Valérie Lassale et Nicolas Durand et cette implication est soulignée par Marc Gueguen, le chef de projet de la fédération qui pilote leurs actions : « La démarche de l’équipe de développement est formidable ! Cela démontre leur investissement et l’attachement qu’ils ont pour ce beau projet. La connaissance de la population des bénévoles qui fait vivre les écoles de rugby est un élément capital pour rendre l’application simple d’utilisation et intuitive. »
Cette approche constituant à prendre en compte rapidement les retours du terrain avait aussi été la ligne directrice de la période test de plusieurs mois réalisée en région Sud PACA, ce qui a permis d’ajuster et d’améliorer l’outil de façon pertinente en amont de la généralisation sur l’ensemble des ligues et départements.
Chaque plateau a sa propre identité. À La Saudrune, l’organisation se fait dans une joyeuse effervescence, tandis qu’à Vernon, tout semble plus cadré et structuré. Malgré un léger vent en Haute-Garonne, le plateau sert de terrain idéal pour tester la feuille de match dématérialisée à l’échelle des écoles de rugby. Sur le bord du terrain, Laurent Dubois, venu du Tarn pour voir jouer son fils Thibaud avec Sor Agout, se remémore : « J’ai été entraîneur et je me souviens devoir remplir les feuilles à la main puis les scanner. C’est vraiment une bonne chose de pouvoir simplifier la vie des bénévoles dans les clubs. C’est l’avenir et c’est bien que tout le monde s’y mette. »
Non loin de là, Philippe Laurent, conseiller technique de Ligue en Occitanie, accompagné d’Éléa Serieyssol, responsable des écoles de rugby à la Ligue Occitanie, observe un plateau différent : « C’est un outil précieux, fiable et objectif, dont ce milieu éducatif avait besoin. On sent que c’est le bon moment et que le déploiement se fait rapidement. Cela évite le papier et la paperasse. » La transition se fait naturellement, et la formation des clubs montre peu de résistance. « Cela n’empêche en rien les moments traditionnels de convivialité, au contraire : ça rapproche les éducateurs autour de l’usage de l’application. »
Dans le 31 comme à Vernon, quelques petites difficultés techniques peuvent apparaître, comme une connexion instable ou des droits d’accès à finaliser. Mais Olivier Babin, responsable EDR de Sor Agout 15 et coach des M14, confirme : « Tout s’est bien passé avec l’application. C’est appréciable de gagner du temps, et surtout quand on sera référents à notre tour, les bienfaits seront encore plus intéressants. »
Sur la plaine sportive de Vernon, les M12 investissent le stade de Vernonnet, tandis que quelques dizaines de mètres plus loin, les M8 et M10 évoluent sur les pelouses attenantes au terrain de football, illustrant la diversité des espaces et des rythmes selon les clubs et les catégories. Au milieu, une maisonnette qui nous indique par écrit qu’elle abrite le club-house du SPN. C’est aussi le QG du jour, giboulées de mars obligent, pour permettre des petites réunions entre Yann Simon et Jean-Luc Laporte.
Le premier supervise en physique ce plateau de Vernon et répond aux coups de fil pour le bon déroulement des 35 autres plateaux simultanés sur la Ligue. Le second lui expose son bilan du jour au fil des étapes du plateau. Et quand on leur demande combien d’enfants il y a exactement autour d’eux, le sourire arrive vite aux lèvres de Jean-Luc Laporte. « Eh bien je vais vous répondre avec l’application en direct sous les yeux… Il y a 47 moins de huit ans, 40 moins de dix ans et 48 moins de 12 ans ! Cela ne m’a pris que quelques secondes pour vous le dire », se satisfait le numéro un de l’école de rugby locale.
Au SPN Rugby Vernon, l’arrivée de cette feuille de match digitale est très bien accueillie. « Nous sommes évidemment ravis de l’arrivée de cet outil,continueJean-Luc Laporte. Avant cela, j’étais obligé de passer par des tableaux Excel, ou de modifier par exemple des PDF pour sortir des feuilles de match. Aujourd’hui, plus besoin de faire tout ça et cela me va très bien (rires) ! Je ne suis plus obligé d’avoir un stylo et une règle pour rayer à la main. »
La digitalisation change aussi la donne en matière d’anticipation pour les clubs organisateurs de plateaux. Dès le milieu de semaine, l’interface permet d’estimer les effectifs attendus, puis d’ajuster au fil des désistements de dernière minute. « C’est très rapide pour faire les comptes, explique le responsable de l’école de rugby du Stade Porte Normande Vernon Rugby. Aujourd’hui, nous savons précisément que 135 enfants seront présents, ce qui facilite aussi l’organisation du goûter. On évite les approximations et le gain de temps est réel, y compris le jour J. »
Dans le même esprit, la visibilité sur la composition des groupes apporte un autre avantage concret. Comme le souligne Jean-Luc Laporte, elle permet notamment d’anticiper la présence de joueuses : « C’est important de connaître le nombre d’enfants attendus. Parfois, les clubs ne précisent pas qu’il y aura des filles. Disposer de cette information en amont nous permet d’adapter l’organisation, notamment pour les vestiaires. »
Si le week-end s’est globalement déroulé de manière très satisfaisante en Normandie, une interrogation subsiste néanmoins autour de la couverture réseau dans certaines zones plus rurales. « Sur des sites plus isolés, l’accès à l’application pourrait être limité faute de connexion, note Jean-Luc Laporte. Mais cela reste marginal, car la plupart des tournois se tiennent en zone urbaine. »
Derrière les outils digitaux, il y a avant tout des visages. Le jeune éducateur, à l’aise avec le numérique, qui navigue rapidement dans l’application et devient souvent une ressource pour les autres ; le dirigeant expérimenté, plus attaché aux méthodes traditionnelles, qui observe avec recul, compare, questionne, mais finit souvent par reconnaître les avantages ; le parent bénévole, parfois novice, qui découvre un rôle inattendu. Le smartphone devient alors un point d’entrée pour s’impliquer davantage dans la vie du club.
Au RC Saudrune, parmi les acteurs du jour, le vice-président délégué de la FFR en charge des écoles de rugby, Laurent Estampe, ne voulait manquer ce rendez-vous sous aucun prétexte. « L’accueil et le briefing d’avant-match conservent toute leur convivialité, comme nous le souhaitions. On mesure déjà à quel point la feuille de match sur écran soulage les bénévoles du temps perdu avec l’ancienne méthode. »
Le CTL Philippe Laurent souligne l’importance du travail de fond mené en amont : « La découverte puis l’appropriation de cette application ont été rendues possibles grâce aux formations déployées à l’échelle départementale et régionale, ainsi qu’à l’implication des référents et des CTC. » Depuis plusieurs mois, l’ensemble des acteurs a été accompagné pour s’approprier cet outil.
Sur le terrain, le relais est assuré par les responsables de plateau, à l’image de Nicolas d’Harcour, hôte du jour et garant de la feuille de match dématérialisée. « La matinée s’est bien déroulée, constate-t-il. L’outil est simple, intuitif, et surtout très pratique pour permettre aux clubs d’anticiper l’organisation du plateau. »
Pour cette première, le chef de plateau et référent des M14 du RC Saudrune s’est entièrement consacré à la gestion de la feuille de match dématérialisée, laissant de côté, le temps d’une journée, ses rôles d’entraîneur et d’arbitre. À ses côtés, Bernard Soucasse, responsable des écoles de rugby de la Haute-Garonne, membre de la commission régionale et représentant départemental pour la première fois, mesure l’apport du dispositif : « En l’absence d’arbitre officiel sur ces plateaux jeunes, le RD, appuyé par cette feuille dématérialisée, allège la tâche des éducateurs. Avec quelques ajustements à venir, c’est déjà un outil facilitant, mais surtout rassurant : on sait que tous les enfants sur le terrain sont bien licenciés à la FFR. »
À mesure que le plateau touche à sa fin, le regard se tourne aussi vers les perspectives d’évolution. La satisfaction est déjà au rendez-vous mais l’objectif est de continuer à faire évoluer l’outil : identifier les évolutions à mettre en place et les enjeux des prochaines étapes.
Du côté des utilisateurs, l’appropriation est en bonne voie. Responsable des écoles de rugby d’Elbeuf, Claire Lemercier a participé, en amont, à une formation animée par Yann Simon et Marie-Caroline Caboche. « Le format, sous forme de présentation, était très clair et bien expliqué. J’en suis sortie confiante », confie-t-elle. Un accompagnement qui confirme que la réussite du déploiement repose autant sur l’outil que sur la qualité de la formation.
Mais entre la théorie et la pratique, quelques questions subsistaient encore en bord de terrain pour cette grande première. La dirigeante précise : « Il y a juste deux choses que j’ignorais. C’est d’abord comment annuler la venue d’un enfant avant de venir. On m’a rapidement montré comment le retirer parce que je l’avais coché à la base sur le listing. Et je ne savais pas non plus que ce n’était pas moi qui validais la feuille de match finale sur place. »
Florian Browaeys, éducateur des moins de 12 ans au RCV Rugby Club de Verneuil, vivait à Vernon sa deuxième utilisation de l’interface. Une expérience déjà complète, puisqu’il a pu découvrir l’application sous deux angles : en tant que club d’accueil lors d’un premier plateau, puis comme club participant cette fois-ci. « La prise en main avait déjà été simple lors de notre première utilisation. Nous avons immédiatement constaté le gain de temps par rapport au format papier : en quelques clics, tout était prêt dès le vendredi, sans appréhension avant d’accueillir les équipes. »
Cette nouvelle utilisation lui a permis d’aller plus loin dans la découverte de l’outil, notamment avec une fonctionnalité qu’il n’avait pas encore testée : la signature en ligne en fin de plateau. « Nous n’avions pas eu l’occasion de le faire la première fois, et cela fonctionne très bien », souligne-t-il, confirmant la cohérence et la fluidité du dispositif dans toutes ses étapes.
Plus largement, Florian Browaeys se félicite d’un déploiement sans accroc sur les deux plateaux qu’il a connus. « Sur ce type de lancement, avec des utilisateurs parfois peu familiers du numérique, on peut s’attendre à des difficultés. Mais ce n’est pas du tout ce que j’ai observé ici. L’application a été pensée pour être accessible à tous. » Une capacité d’adaptation qui apparaît comme l’un des principaux atouts de cet outil, chacun pouvant se l’approprier à son rythme et selon ses besoins.