Rugby féminin : Cap sur demain
Réunis sur deux jours, les acteurs de ce séminaire ont d’abord fait chambre à part lors de la première journée. Les entraîneurs/managers des clubs d’AXA Élite 1 et Élite 2 se sont réunis dans une salle avec un board arbitral de la FFR tandis que les présidents ou élus ont, eux, suivi une autre réunion animée par Matthieu Codron, conseiller technique national chargé du développement du rugby féminin, et Ariane Van-Ghelue, vice-présidente en charge du haut niveau féminin. Le second jour a réuni l’ensemble des acteurs autour du calendrier de la saison prochaine, afin d’anticiper et planifier les rencontres, notamment pour les partenaires, les matchs à domicile et le volume de retransmissions télévisées.
Le statut de la joueuse a été interrogé, pour savoir quel modèle est le plus adapté à la taille et au niveau de structuration actuelle des clubs d’AXA Élite 1. Lors de cette réunion, c’est surtout une annonce qui a mobilisé l’attention des participants : la création à venir d’un cahier des charges, avec le soutien d’AXA, nouvelle entreprise naming de l’Élite féminine. Pensé comme un outil stratégique pour accompagner les clubs dans leur développement, avec des exigences fédérales à définir et une trajectoire progressive sur plusieurs saisons, ce cahier des charges reposera sur cinq piliers de structuration : le sportif, l’administratif, le médical, les infrastructures et le socio-professionnel. « Il y a ce souhait que, de façon uniforme, les filles aient toutes accès a minima à une salle de musculation, un préparateur physique diplômé, des coachs avec un certain niveau de diplôme »,souligne Ariane Van-Ghelue.
Pour l’instant, le but est de discuter de ce cahier des charges,« avec une phase de travail avant de le présenter aux clubs », prévient la vice-présidente. Des exigences qui pourraient également s’élargir sur la qualification des médecins en bord de pelouse, avec une homogénéisation d’un grade World Rugby niveau 2 pour une détection et un suivi des commotions qualitatifs, mais aussi l’accompagnement des projets professionnels des joueuses, comme le rappelle la vice-présidente et ancien joueuse du Stade bordelais : « Les prochaines étapes s’inscrivent dans un calendrier clair et progressif : une présentation dédiée sera proposée aux clubs en avril 2026, avant un vote ouvrant la voie à une mise en œuvre dès juillet 2026. L’objectif est d’accompagner les clubs, en toute transparence, pour leur permettre de répondre aux cinq piliers du cahier des charges et ainsi accéder à l’allocation mise à disposition par AXA. »
En parallèle de la réunion présidentielle, l’arbitrage a lui aussi été au centre du jeu dans ce séminaire avec une journée d’échanges entre entraîneurs des équipes des deux divisions d’Élite et les équipes arbitrales. Pour mener les échanges, Cédric Marchat, responsable des officiels de matchs du secteur fédéral à la FFR, et Aurélie Groizeleau, arbitre en Pro D2 et chargée du développement de l’arbitrage féminin, sont intervenus. Dans l’objectif de poser un cadre d’échanges bénéfiques pour les deux parties, le duo s’est attelé à présenter le fonctionnement de la désignation des officiels, de leur suivi, de leur détection… et, plus globalement, le travail accompli par l’ensemble des arbitres au cours des dernières années. Cédric Marchat a insisté sur les trois piliers de « pédagogie, de savoir-faire et de savoir-être » mis en place dans les instances, en mettant en avant l’engagement sur le terrain d’officiels 100 % amateurs.
Une session de visionnage a également été à l’ordre du jour sur des faits de match, avec des situations de jeu puisées dans des matchs d’AXA Élite 1 ou 2, adaptée à leurs interlocuteurs. « Nous voulions nous approcher de ce qu’ils vivent dans leur quotidien de match, souligne Cédric Marchat. C’était facile de prendre des clips de Top 14 et Pro D2 et de dire : “Voilà les directives.” Je pense qu’il y a des spécificités du rugby féminin à percevoir pour nos attentes communes, pour qu’ils comprennent où l’on veut les emmener pour éclaircir certaines situations. Cet échange-là n’avait jamais eu lieu avant, et c’était important de le faire. »
Au-delà de l’équilibre à trouver sur le terrain, un autre enjeu majeur concerne la parité dans l’arbitrage. Aujourd’hui, près de 10 % des arbitres officiant dans les deux divisions reines du rugby féminin sont des femmes, un chiffre que la Fédération ambitionne de tripler d’ici deux ans. Aurélie Groizeleau compte sur les clubs pour y parvenir : « Ils doivent être de véritables partenaires, car ils sont au cœur du rugby féminin. C’est chez eux que se trouvent, dans toutes les catégories, de nombreuses joueuses susceptibles de s’engager dans l’arbitrage et de renforcer le nombre d’arbitres féminines. Tous les profils sont les bienvenus, mais une joueuse issue de l’élite, avec une connaissance fine du jeu, apporte une réelle plus-value qu’elle peut très rapidement valoriser dans sa fonction d’arbitre. »
Un échange positif pour les clubs
Au cœur des échanges, comme les autres élus, Lise Arricastre, présidente du Lons Section paloise évoluant en Élite 2, a salué une organisation constructive du séminaire. « C’était une très bonne idée de mélanger les clubs Élite 1 et Élite 2. On ne ressent pas de fossé avec cette invitation. Le niveau sportif est une chose, mais les exigences médicales, de partenariats et autres doivent être communes. Des équipes peuvent monter et descendre rapidement… » Elle souligne également l’intérêt de l’arrivée d’un nouveau naming AXA pour l’Élite 1, qui profite aux deux parties et au rugby féminin.
Présent lors de ce rendez-vous, le groupe AXA a présenté son réseau national d’agences mobilisé autour de chaque club, avec la perspective d’un partenariat structurant capable d’en entraîner d’autres. L’enjeu dépasse largement le seul soutien financier pour Lise Arricastre : « Cela va offrir à AXA une grande visibilité et donner davantage de moyens à nos clubs,rappelle la présidente du Lons Section paloise. Leur intervention était particulièrement intéressante, car ils ont montré qu’il ne s’agissait pas seulement d’un naming ou d’un apport financier ponctuel. Il y a une vraie logique d’accompagnement dans la durée. Et ce séminaire a aussi donné la parole à des acteurs que nous n’aurions pas eu l’occasion de rencontrer autrement, apportant un autre regard sur le projet. »
Lise Arricastre est enfin revenue sur l’arrivée du cahier des charges, qu’elle présente non pas comme une contrainte pour les clubs, mais comme un levier pour accompagner l’élévation progressive des standards du rugby féminin. Une démarche qui s’inscrit aussi, selon elle, dans la nécessité de faire évoluer le statut de la joueuse. « Ce cahier des charges est, pour moi, un outil essentiel à moyen et long terme. Il devra s’accompagner de la mise en place d’une convention fixant un véritable statut pour les joueuses. Nous portons aujourd’hui une ambition de très haut niveau, et l’objectif est de faire progresser ensemble, pas à pas, nos clubs et le rugby féminin. La professionnalisation des joueuses est une perspective assumée, qui repose aussi sur l’engagement remarquable de dirigeants investis et compétents à chaque poste, tous indispensables à la réussite collective. »
À l’occasion de cette journée, présidents et managers de clubs ont pu compter sur l’œil attentif de deux représentants du XV de France : François Ratier, le nouveau sélectionneur du XV de France féminin depuis novembre, et Christophe Reigt, manager général des équipes de France à 7 et à XV féminines. Ce dernier est revenu au sortir de cette réunion sur l’importance de faire le lien entre le championnat et la sélection. Tout d’abord pour anticiper les questions que les clubs peuvent se poser sur les rassemblements et la disponibilité de leurs joueuses, mais également pour être en accord sur la mise en place d’un projet global, qui colle et sert au besoin de performance de l’équipe de France et de ses joueuses.
Il se félicite aussi d’un niveau de jeu dans le championnat qui évolue dans le bon sens. Est-ce que ce bon niveau en AXA Élite 1 se répercute aussi sur le niveau de l’équipe nationale avec cette dernière demi-finale de Coupe du monde ?Sans aucun doute pour le manager : « Je pense que oui, mais nous devons aller plus loin. Surtout qu’après cette compétition, il y a eu des bonnes retombées pour notre championnat par rapport à des partenaires. » Il a aussi constaté le bon esprit général des présidents de club au sujet des ambitions internationales : « On veut rivaliser avec l’Angleterre, ça fait partie de nos objectifs. Nous voulons être les meilleurs, c’est pour cela que nous nous investissons dans ces projets-là. Je l’ai ressenti aujourd’hui, la volonté commune des clubs est aussi là pour voir l’équipe de France gravir les quelques marches qui lui manquent pour aller chercher un titre, et c’est très positif. »