La légendaire douceur angevine semble aujourd’hui animée d’une énergie nouvelle. Il suffit de franchir les portes des bureaux du SCO Rugby pour s’en rendre compte. « On n’a pas le temps de s’ennuyer », glissent avec le sourire les salariés, témoins d’un club en pleine dynamique. Confronté à un effectif encore limité chez les cadettes, contraintes d’évoluer sous la bannière d’un rassemblement départemental, le SCO Rugby peut néanmoins s’appuyer sur une équipe sénior solide et compétitive en Fédérale 2, les Pandettes.
Une dynamique qui encourage le club à poursuivre activement ses efforts de recrutement, avec la volonté affirmée de structurer et densifier la filière féminine. Mais au-delà de la performance sportive, le SCO Rugby affirme pleinement sa vocation d’acteur social engagé. Le club, qui ne se limite pas à former des joueurs et des joueuses, s’attache à accompagner des parcours de vie, favorisant l’épanouissement personnel et l’inclusion de tous ses pratiquants.
En partenariat étroit avec la ville d’Angers, le club participe chaque année aux journées « Les filles à vous de jouer», un événement dédié à la découverte des disciplines sportives proposant des sections féminines, rendez-vous devenu incontournable réunissant plus de 150 jeunes filles sur deux journées. Face à un tel succès, le club a choisi de prolonger la dynamique à travers le projet Teranga Rugby Féminin, un programme qui intègre à la pratique une dimension de mobilité internationale.
Jumelée depuis plus de 50 ans avec Bamako, la ville d’Angers entretient une tradition solide de coopération avec l’Afrique. « Aujourd’hui, le contexte malien est devenu complexe en raison de l’instabilité politique, explique Patrice Le Ber, vice-président en charge des actions sociétales. Nous avons toujours eu cette volonté d’échange et de solidarité avec l’extérieur. » C’est dans ce contexte qu’a émergé l’idée d’un partenariat avec le Sénégal axé sur le développement du sport féminin.
Intégré au cadre de la politique de la Ville, le programme Teranga Rugby Féminin s’appuie sur le sport et la mobilité internationale comme leviers éducatifs. Le projet repose sur une approche adaptée aux réalités locales, aussi bien à Angers qu’à Saint-Louis-du-Sénégal, une des plus grandes villes du pays. Côté angevin, 16 jeunes filles âgées de 13 à 17 ans, issues des huit quartiers prioritaires de la ville, ont été sélectionnées pour devenir ambassadrices du programme et ont participé aux actions de découverte organisées en amont.
De l’automne 2025 à fin 2026, trois piliers structurent ce projet désormais concret, partagés par les deux pays. Le premier repose sur l’inclusion par le sport, avec la mise en place d’un véritable parcours d’engagement : de la découverte à la pratique régulière, jusqu’à l’inscription en club, d’Angers à Saint-Louis. Il s’appuie sur un accompagnement personnalisé des participantes dans leurs projets scolaires, de stage ou professionnels, avec un suivi concret (réseaux, CV, préparation aux entretiens…).
Le second est, lui, construit autour de la santé et de l’environnement. Les thèmes de la nutrition, de l’hygiène de vie (alimentation, sommeil, récupération, gestion du stress) ou de la prévention des addictions (écrans, sucre, malbouffe, comportements à risque) sont abordés avec des intervenants. L’écologie n’est pas en reste avec des actions concrètes (potagers urbains, écogestes, reboisement, gestion des plastiques, eau et propreté des espaces de vie). À Saint-Louis, il a même été constitué un groupe miroir de 15 à 20 jeunes filles, de tranche d’âge comparable, identifiées via les écoles, clubs et structures de jeunesse. Ces ambassadrices sénégalaises sont appelées à rayonner dans leur environnement (école, quartier, communauté).
Troisième pilier, le vivre-ensemble s’impose comme le socle du projet. Il promeut l’égalité entre filles et garçons, combat les stéréotypes et affirme la place des femmes, sur le terrain comme dans la société. Fidèle aux valeurs du rugby, il met l’accent sur le respect, la coopération, la gestion des conflits et l’apprentissage des règles du collectif. Au-delà du cadre sportif, il encourage aussi l’engagement citoyen, en favorisant la prise de parole, les actions de terrain dans les quartiers et la transmission entre générations.
Le printemps 2026 a ainsi permis une montée en compétences rugby avec des ateliers thématiques tout au long de la semaine. « Si le temps du jeudi soir permet notamment de bien travailler les ateliers thématiques que l’on a choisis, apprécie Paul Lamy, responsable de l’école de rugby et des actions sociétales. Nous avons également amené le groupe assister à un match de rugby féminin d’Élite 2 à La Rochelle. On a eu droit à la visite des locaux et à un temps de rencontre avec les joueuses séniors. » Le projet se poursuivra, jusqu’à la rentrée, par une phase essentielle de co-construction du séjour avec les partenaires locaux sénégalais.
Point d’orgue de cette aventure, un séjour d’une dizaine de jours est prévu à Saint-Louis durant les vacances de la Toussaint 2026. Les jeunes filles y vivront une expérience riche et rythmée avec une possible participation à certains temps forts des Jeux olympiques de la Jeunesse 2026 organisés à Dakar. À leur retour, la restitution de leurs témoignages permettra de prolonger l’impact du projet, notamment au sein des établissements scolaires et des maisons de quartier.
Parmi les jeunes engagées dans cette aventure, Cassidy, 13 ans, incarne parfaitement cette nouvelle génération. Licenciée depuis trois ans, elle est le dernier maillon d’une longue tradition familiale avec le rugby : « Mon père, mon oncle, mes cousins, tout le monde est passionné. J’ai commencé grâce à une animation scolaire menée par un éducateur du club. » À ses côtés, Daloba, 16 ans, offre un parcours différent. Habitante du quartier de Monplaisir à Angers, passée par le basket, elle est venue au rugby grâce à une animatrice de quartier : « J’ai découvert un sport ouvert à toutes, sans jugement, où l’envie et l’engagement priment sur le physique. »
Daloba, qui se décrit comme « très dynamique, mais parfois un peu brusque dans le contact », voit dans le rugby un terrain d’expression idéal. « Au basket, on me sifflait souvent des fautes ! » plaisante-t-elle. Une remarque qui amuse Cassidy : « On est vraiment contentes de pouvoir faire découvrir notre sport, en espérant que certaines aient envie de continuer. Je fais partie des sélections départementale et régionale, et on manque encore de joueuses. »
Aujourd’hui, le SCO rugby multiplie les initiatives pour créer du lien et ouvrir des perspectives. Parmi ces actions, celle menée à la maison d’arrêt d’Angers illustre parfaitement cette volonté. Pendant six semaines, à raison d’une heure hebdomadaire, Paul Lamy intervient auprès de détenus du quartier de semi-liberté. Le programme combine pratique du rugby et accompagnement à la réinsertion professionnelle, avec une heure dédiée aux questions de ressources humaines. « C’est assez incroyable de constater à quel point cela a été bénéfique, explique-t-il. C’est une véritable ouverture, non seulement pour les personnes détenues, mais aussi pour les entreprises avec lesquelles on travaille ensuite. »
En lien avec France Travail et différents partenaires locaux, ces initiatives ont également permis la création du Pass’sport dans les quartiers, un dispositif structuré autour de dix demi-journées mêlant activité physique et accompagnement vers l’emploi. « Cela fait maintenant dix ans que notre travail est reconnu, souligne avec fierté le président Jean-Benoît Portier. Ce qui nous anime, c’est cette capacité à toujours chercher des solutions, à partir d’une idée simple pour la faire grandir. » Et d’ajouter avec le sourire : « On part souvent d’une petite brique… et on n’arrête pas d’en ajouter ! C’est ce qui fait notre force, toujours dans le respect de nos valeurs. »